Publicité

Profil

  • : Choralyne
  • acilsouverts
  • : Femme
  • : 27/07/1987
  • : INDE NEW DELHI
  • : la philosophie et les femmes
  • : j'ai 20 ans je suis heureuse, triturée, bouleversée, mais vivante.

Derniers Commentaires

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Semaine Bengalie

Une semaine à Calcutta, du 28janvier au 3février.

 

Dimanche, l’après midi, cette fois, je décide de ne pas me laisser surprendre par mon ticket de train ou les embouteillages ou le nom de la gare, et pars à l’avance.  Je craignais de me retrouver assise dans un train un peu triste. Finalement je me suis complètement trompée et prends un de ces trains luxueux comme on en trouve pas tant ici, rapide, sachant qu’il va relier Delhi et Calcutta en la maudite durée de 16 heures passées allongée dans une couchette avec couverture, pas de quoi se plaindre.

 

Pour la première fois, je pars seule, vraiment seule. Aucun acolyte pour partager avec moi les péripéties et aventures scabreuses de ce voyage qui s’annonce. En partant, chacun me prie de faire attention dans le train. Arrivée à ma couchette, toutes les angoisses sont levées dès lors que je me retrouve avec une famille : un bébé marchouillant, un père silencieux muté dans la musique que diffuseront tout au long du voyage ces puissants écouteurs, une mère jeune et souriante le regard scotché sur son fils sous l’attention bienveillante du grand père et de la grand mère, parents de la jeune mère.

 

Soudain, mon téléphone sonne. C’est Tuhin, un ami bengali qui a étudié un an à Paris, que j’ai rencontré il y a 3 mois, que j’ai croisé la semaine précédent mon voyage au cours d’un cocktail et à qui j’ai parlé de ce voyage à Calcutta. Il me dit « Choralyne, tout va bien, tu es dans le train. Bon très bien, alors j’ai parlé à mes parents, tu es la bienvenue cette semaine chez eux, ils habitent à Salt Lake, je t’envoie l’adresse à donner au chauffeur de taxi par sms. » Ce qui devait être un dîner s’est transformé en une invitation de séjour, dans un mouvement expansif, tout se transforme, un peu comme toutes mes journées, là bas, à Calcutta.

 

Sortie du train, une gare comme je n’en ai jamais vu ici en Inde. Arrivant dans le hall principal je suis soudain surprise par le flot. Parfois seule une foule informe bouge face à nous mais là non. Il y a comme des forces qui poussent les gens dans les axes principaux et rend déserts les espaces alentour. Quoiqu’il en soit c’est un peu effrayant au réveil d’une nuit dans le train. Devant la gare je vois cet homme assis sur une caisse vendant les journaux du jour.

 

Ma première entrée en contact avec la ville a lieu dans le taxi qui traverse les vies des passants sortant de leur baraque, des passagers des bus dépassant par les portes, sautant d’un moyen de transport à un autre. Puis le pont dont on m’a tant parlé où se mêlent camion, rickshaws, taxi, ambassadeurs blanches, vélo chargés de paquets énormes dans des toiles de jutes et sur les trottroirs cette même foule à la disparité carnavaleuse.

 

Les rues de Calcutta sont révélées par la lumière généreuse du matin qui séduit le regard et attire alors l’attention sur cet ensemble grouillant de vie et d’énergie. Dès mon arrivée, je me sens bien.

 

Après quelques détours d’un bloc à l’autre pour trouver la maison où je dois me rendre, j’arrive chez les parents de Tuhin qui m’accueillent généreusement pour les 5 prochains jours dans une chambre au rez-de-chaussée ou je vais pouvoir être seule, vraiment seule comme je ne l’ai pas été depuis 7 mois.  Très rapidement je me rends compte que c’est cela qui me manquait, ces moments de solitude auxquels je suis tant habituée dans ma vie parisienne sont complètement recouverts dans ma vie de campus où jamais je n’arrête si ce n’est pour quelques heures de sommeil. Ces jours ci je vais pouvoir me reposer, lire, écrire.

 

Après m’être reposé et avoir déjeuner sous le regard de Sibami, je pars vers la ville, impatiente de découvrir ces lieux dont on m’a tant parlé. Avant de partir, le papa de Tuhin me fait un bref exposé de l’endroit, et m’indique les numéros des bus pour aller et venir, le tout avec un petit œil complice comme dans le regard de mon papy Robert parfois lorsqu’il nous taquine. Il semble que ma venue parmi eux soit un petit événement et qu’il soit assez content de pouvoir m’aider à enfreindre les codes sociaux de l’endroit ou bien peu de jeunes filles voyagent seules.

 

Finalement, je bidouille avec un rickshaw après qu’une femme trop heureuse de pouvoir me parler et me dire qu’ayant fait le tour du monde, elle est heureuse de vivre à Calcutta qui est tout de même la plus belle ville du monde.

 

Je parviens jusqu’à une bouche de métro après avoir traversé la ville d’est en ouest, ses rues peuplées de gens de toutes les tailles, de toutes les couleurs qui vont, viennent, incessamment, portant des charges ahurissantes courant d’un endroit à un autre, se faufilant entre les obstacles, les gens qui courent désunis.

 

Je suis partie un peu tard et rapidement, alors que je suis dans le centre ville de petits magasins, de vendeurs à la sauvette, le soleil commence à se montrer plus distinctement, boule de feu dans un ciel pollué. J’ai la carte, décide de ne pas la suivre scrupuleusement mais seulement de me diriger vers le sud, remonter la rue principale, faire quelques détours par les axes transversaux et attraper un métro dès que la nuit sera tombée. En fait, trop curieuse sous le panneau « theatre street », je m’égare un peu. Après être rentrée dans un centre culturel, je décide de suivre une petite rue qui semble se diriger vers l’axe principal mais qui ne m’y mènera qu’après quelques petits temps angoissant dans l’obscurité et l’angoisse de la lumière des phares.

 

Je me débrouille, demande à l’un, à l’autre, et trouve finalement ce fameux abris bus depuis lequel je quitte le centre de la ville pour retourner à Salt Lake après une longue heure de trajet, assise sur la ladies banquette, entre une femme en sari et une autre en penjabi suit, face à une banquette d’hommes assis en face de nous le regard vide.

Avant de rentrer, je passe au petit marché à côté de la maison. Là, pour la deuxième fois aujourd’hui, je rencontre une personne qui me dit avoir fait le tour du monde. C’est un homme au regard pétillant, qui me dit très vite que si je veux voir où il habite, il me faudra juste lever les yeux dans la rue et regarder les fleurs sur un balcon plus haut.

 

Le dîner du soir est typique des moments où je mange avec mes charmants hôtes. La nourriture est ici fondamentale et il y a une chose que Sibami et Tushar vont me faire découvrir, c’est la délicieuse cuisine bengalie préparée par leur petite aide de 15 ans qui ne va pas à l’école car ça ne l’intéresse pas, elle ce qui l’intéresse c’est la cuisine. (…) Du riz ou des rotis, toujours des légumes, du poisson, un petit extra friture, parce que tout de même il faut que je goûte cela et un petit dessert léger quand ce n’est pas un « sweet » soit l’une de ces sucreries dont tout le monde semble raffoler ici alors que j’en suis écoeurée à la première bouchée.

 

Le lendemain, après quelques heures de lecture, je me décide à renaître dans ce monde et prend mon petit déjeuner sous le regard bienveillant de Sibami alors que Tushar, lui, m’accompagne en prenant ses médicaments. Il faut que j’avoue qu’il est alors 11h et que cela fait surêment un moment que l’un et l’autre sont levés et prêts.

 

Je me mets alors en route pour une vraie journée dans Calcutta qui pourtant commence en début d’après midi. Je descend du rickshaw à l’entrée de la bouche de métro mais ne prend pas le pas des voyageurs et décide de continuer vers l’ouest, aller à Kumartuli, le quartier où résident les personnes qui sculptent en ce moment les statues pour les prochaines fêtes dédiées à Saraswati, déesse du savoir. Les gens me regardent un peu, étonnés, et seule une foule d’enfants se montre un peu remuant. J’arrive alors sur les rives du fleuve sur les bords duquel la ville est construite. Là, sur les rives, les gens se lavent, font la lessive et de grandes traînées de linge multicolore habitent ces berges où des hommes et des femmes aux corps frêles se meuvent telles des ombres dans la lumière brumeuse.

Je continue à marcher près des berges, puis arrive devant un temple, face auquel se tiennent des stands où sont assis des hommes buvant leur thé.

 

Là, cherchant la maison de la famille Tagore, je demande autour de moi. Un homme m’indique le chemin puis décide de me le montrer et marche devant moi pendant un bon moment jusqu’à ce que je me trouve face à la maison du révéré poète idéaliste dont j’ai lu quelques pensées politiques et poèmes et dont j’approuve rêveusement l’humanisme radical. La demeure est impressionnante mais l’intérieur est plutôt quelconque. Je me dirige ensuite vers le Marble palace, à l’architecture là aussi magnifique, mais dans un tout autre style. Je ne peux pas y entrer mais laisser mon regard errer dans le jardin de statue en banc sculpté me suffira pour cette journée ensoleillée que j’ai envie de passer dans la rue plutôt que dans les musées.  Je me trouve ensuite à la recherche d’un soit disant musée d’art, prétexte, pour me promener dans l’endroit et arrive dans College street, la rue bordée de petites boutiques pleines à craquer de publications en tout genre en face de l’Université. Je vois alors la indian Coffe house dont mes amis m’ont parlé. En effet, l’endroit est bluffant, et cette cantine restaurant me fait penser à une sorte de salle de théâtre mutilée, à laquelle on aurait volée la scène, comme jetée par la fenêtre. En sortant, je décide de me diriger vers le sud, vers Chandi Chowk, un lieu de magasins en tous genre où je trouverai les quelques livres que je ne pourrai acheter au book fair pour lesquels je suis venue à Calcutta et qui n’eurent finalement pas lieu.

 

Le lendemain, de même, je lis la matinée et sors en mi journée. En quittant la demeure de mes hôtes, je lève la tête et pense sans conviction qu’il va pleuvoir. Rapidement arrivée dans la ville, je vais droit au musée national où je me rend compte qu’il n’y a rien à voir si ce ne sont de vieux papillons plus beaux dans les champs et des statues de dieux que j’ai pour la plupart déjà vues dans les temples. Par contre, quelques temps plus tard, je vais découvrir ce que je n’ai encore jamais vu, Calcutta sous la pluie.

 

J’ai appris que dans la Rome antique, on avait prévu des canaux pour les écoulements d’eau, que dans toutes les villes européennes dès la fin du XIX, on s’est occupé de gérer un système d’écoulement des eaux. Mais ici après une averse, il y a 20 cm d’eau sur le trottoir et il n’est pas possible d’y échapper. Je décide d’attendre un peu, mais le vent renvoyant l’eau sous l’abri où je me suis réfugiée, je me trouve rapidement aussi trempée que si j’étais au milieu de la route alors je décide de porter mon écharpe autour de mon visage et d’affronter la pluie qui se transforme alors en bruine lorsque j’arrive à l’arrêt de bus, décidée à rentrer, étant alors, complètement trempée.

 

Le lendemain, mes chaussures de cuir sont encore toute humide et je dois donc sortir avec mes tongs de salle de bain dans la ville jusqu’à ce que je trouve un stand ou acheter une paire de sandale et me sentir un peu moins regardée dans le métro. Je suis alors à Kalighat, dans le quartier autour du temple dédié à la déesse Kali autre déesse principalement révérée ici dans le west bengale. Je décide d’aller visiter le centre culture dont on m’a parlé. Sur le chemin, je m’arrête pour regarder des saris et en demande le prix à la femme qui est en train d’en acheter un. Surprise, elle me répond en souriant puis m’aide dans mon petit achat. Nous discutons sur le trottoir jusqu’à ce qu’elle me propose de me déposer. Nous faisons un petit crochet par un marché où elle achète des objets de décoration, puis elle me dépose. Elle s’appelle Bani, elle est styliste, et elle est épatante. Le lendemain, nous nous donnons rendez vous pour aller déjeuner ensemble.

Je poursuis ma journée et remonte vers le centre de Calcutta pour aller voir le Victoria Mémorial et les « choses à voir » par là… En traversant un parc, je rencontre un comédien qui joue dans le théâtre que je n’ai pas trouvé il y a quelques jours, cela me fait sourire. Nous communiquons en hindi puisqu’il ne parle pas anglais. Il m’accompagne dans mes visites et sur le chemin, nous nous rencontrons à travers mes usage scabreux du vocabulaire et de la structure des phrases en hindi face à sa maîtrise de la poésie bengalie dont il me fait apprendre par cœur deux vers inscrits quelque part maintenant dans mon esprit.

 

Ce soir là en rentrant je me sens comme transportée sur un petit nuage, séduite par cette journée, tant dans ce que j’ai vu que dans ce que j’ai ressenti que par la beauté des personnes que je viens de rencontrer.

 

Décidemment, les book fairs n’ont pas lieu. Je suis dans le « Télégraphe » chaque matin, avec une assiduité proche d’une ménagère française devant les feux de l’amour tous les jours après la vaisselle, les aléas des controverses entre les différents groupes qui s’opposent entre les politiques, le gouvernement, les juges de la cour suprême et l’opinion publique à propos des book fairs et de l’honneur de la ville.

 

Ce dernier jour, je retrouve Bani à l’endroit même où nous nous sommes rencontrées la veille. Elle me dit qu’elle est désolée, qu’elle m’avait dit que nous irions déjeuner dans un daba, mais qu’elle a une réunion de famille et que je suis invitée… pas de quoi être désolée, loin de là. Je me retrouve alors dans une maison non loin de là où les maîtres de maison donnent un dîner pour l’anniversaire de la mort du père de la femme de maison. Il y a en effet de la nourriture, deux tables où les invités viennent déjeuner successivement, servis par les quelques maids qui transitent aux alentours. Là je goûte encore de la nourriture délicieuse et rencontre des femmes surprenantes et curieuses. Puis je rencontre la fille de Bani, et nous allons ensemble au marché aux femmes. Non pas que l’on y vende des femmes bien sur mais dans le sens où l’endroit est habité par une foule de femmes aux saris divers et colorés. Nous passons prendre un chai, puis je rencontre le mari de Bani, un musicien bengali. Il est tard, et il semble hors de question de me laisser aller prendre le bus. Je rentre alors chez mes hôtes avec une amie de mon amie qui rentre à Salt Lake. A nouveau j’ai l’occasion de rencontrer une femme et sa fille qui vont m’aider pour me permettre d’avoir mon train le lendemain matin en me trouvant un chauffeur et une voiture pour m’emmener dans la fraîcheur du petit matin. 

 

Je remercie mon hôtesse d’un bouquet de rose comme j’aime en offrir aussi en France. Elle, ne me laissera pas partir sans thé et recommandations de prudence pendant les 24 prochaines heures que le train va durer. Quant à Tushar, il me dit longuement au revoir avec son beau sourire et son beau regard qui m’emmène face à mon papy.

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus