Mercredi, tout le monde part. Ce sont les durga puja à Calcutta et mes amis bengalis ont déjà pris leur train depuis quelques jours. Les français eux, s’y sont pris vraiment trop tard et ont
dû prendre l’avion. De mon côté, j’ai eu peur de la foule, je préfère aller me balader dans cette ville un peu plus tard avec mes amis bengalis.
Alors j’étais censée prendre mon train ce mercredi soir. Je pars de JNU, avec mon sac, mes rêves et mon ticket de train. Mais j’oublie de vérifier le nom de la gare. Erreur fatale. Je trouve avec
difficulté un rickshaw qui m’emmène à la gare. Il perd du temps, ne m’emmène pas à la bonne entrée, et … mon train n’est pas annoncé. Alors je remonte les quais. Arrivée de l’autre côté, à
nouveau, panneau lumineux, et non rien. Derrière moi, une main sur mon épaule et un indien parlant français avec un bel accent me demande si je ne serais pas de JNU par hasard. Si. Lui aussi, il
m’a vue partir de Chandrabhaga (nom de mon humble demeure) il y a quelques heures. Je lui explique, lui montre le ticket. Nous nous renseignons. Je me suis trompée de gare et impossible de
rejoindre l’autre gare avant le départ annoncé du train. Alors nous rentrons à JNU, parlant français italien hindi anglais…
A mon retour, Aurélia est en train de faire son sac. Elle sourit à me voir rentrer bredouille mon sac sur le dos. Je suis un peu démoralisée, et je ne sais plus si je veux vraiment partir. Sur
ces entrefaites, mon ami japonais m’a proposé de dîner avec lui ce soir là. Prévoyant de partir, j’avais refusé, mais le recroisant à mon retour, je lui raconte ma mésaventure et pour me consoler
il me dit que l’invitation tient toujours. Avant de sortir, je ne parviens ni à écrire, ni à lire ni à travailler, alors je mets un Bunuel prêté par mon ami bengali. Je redécouvre le cinéma
européen, c’est un régal. Mon ami japonais s’appelle Taka, nous partons dîner dans un restaurant italien où notre dîner est rythmé par la guitare et la voix du chanteur qui semble avoir choisi
son répertoire dans la discographie de papa. Je ne peux que sourire lorsque je descends les escaliers en face de lui alors qu’il joue les premiers accords de Money for nothing…
Nous parlons et finalement, nous nous accordons. Le week-end dans l’ouest du rajasthan aura lieu mais au lieu de partir seule nous partons à deux et nous décidons de prendre le train que j’ai
raté, le lendemain.
On se retrouve devant l’hôtel et partons au ticket counter de JNU où commence déjà le voyage. Evidemment il est beaucoup trop tard pour prendre les tickets et puis qu’est ce qu’on fait ensemble
d’abord semble dire le regard de l’employé. Bon alors, finalement je balance en hindi et parvient à le convaincre que oui, vraiment, on a envie d’aller au rajasthan. Juste pour être sur, il nous
redemande quelles sont nos nationalités…hum hum France et Japon… good combination. On sourit, à ce moment là, nous ne savons pas encore combien cette petite remarque et ce regard vont
nous poursuivre.
Le train part en fin d’après midi, et arrivera le lendemain matin à 14h, avec seulement une heure de retard, sur 18h, ce n’est pas grand-chose. Nous nous installons, nous nous asseyons l’un en
face de l’autre et discutons, lisons. Je me reconnecte avec le monde en lisant un peu l’actualité politique dans le frontline de cette semaine. Autour de nous les gens arrivent peu à peu et bien
sûr rapidement nous sommes cinq sur une banquette, compressés. Parfois, il y a eu des femmes dans le train pendant mes voyages, mais cette fois, aucune. Seulement des hommes. A ce moment je
réalise que seule… je ne me serais peut être pas sentie très à l’aise, mais il est vrai qu’ils n’avaient pas l’air embêtant. Le plus amusant, c’est peut- être encore cet homme un peu âgé, avec un
ventre bien rond, gonflant son marcel avec une expression sur le visage d’un sourire bienheureux alors qu’il dormait comme on en voit rarement.
La nuit est fraîche, c’est incroyable. Moi qui avais pris la naïve habitude de partir avec mon sac et un drap je frissonne dans ce train de nuit qui traverse le silence du sommeil. Nous nous
endormons en écoutant de la musique et au petit matin, nous sommes éveillés par les vendeurs hurlants et ambulants de « tchai » et de « caffee ma’am ». Au matin, le paysage a
complètement changé. Oui, oui bien sûr et peu à peu nous arrivons dans le désert, en témoignent le sable et la poussière autour de nous. Peu à peu, on vient nous parler et nous demander où nous
allons. Pour être honnête, on ne sait pas. J’ai simplement photocopié les pages du lonely planet sur les villes que j’aimerais voir et j’ai laissé libre tout changement de programme en ne
prévoyant rien de plus qu’un billet de train aller… Nous rencontrons les américains qui sont dans le même compartiment que nous, ils sont étudiants eux aussi et partent quelques jours en chameaux
dans le désert comme le leur ont conseillé leurs amis qui ont fait cette expérience la semaine précédente. De notre côté, nous hésitons, mais finalement nous tombons d’accord pour… ne pas nous
décider. De cette aptitude à prendre des décisions, nous baptisons ce week-end, le « we will see trip ».
Ah oui, pour ceux qui n’en sont pas conscients, cette version écrite est complètement faussée puisque tout ce voyage a eu lieu en anglais et en hindi. Disons que ma maîtrise de ma langue
maternelle me permet tout de même de m’exprimer plus justement sur ce que je ressens.
Décidemment, on ne pourra jamais rien prévoir… même l’ordinateur de la gare refuse de délivrer les tickets de train qui pourraient structurer un peu notre voyage. Nous partons et décidons de
trouver un moyen pour nous rendre dans un petit village. Sur le guide, il est écrit que Khuri est une bonne idée, mais que si nous demandons à aller là bas, les gens nous diront que c’est
touristique alors que c’est censé ne pas l’être. Effectivement, c’est ce que l’on nous dit, et on nous conseille ganga village, près de la frontière indo pakistanaise. Pour cela il faut prendre
un bus. Après un thali dans un daba où sont réunies des familles, nous prenons les dernières places du bus (debout) et partons à travers le désert.
Dans le bus, nous sommes complètement dépaysés. La plupart des gens rentrent dans leur village. Toutes les femmes sont assises, la plupart avec des enfants sur les genoux. Un homme se lève et me
laisse sa place. Eh oui… faible femme que je suis, j’ai droit à une place assise. Nous ne sommes pas particulièrement à l’aise, les regards sont rivés sur nous. Effectivement nous sommes les
seuls étrangers cette fois. Plus tard, nous apprenons qu’il est plus commun mais surtout plus coûteux, de louer une jeep.
J’aime prendre les transports en commun comme cela, on a l’impression de rentrer dans le quotidien des gens. En face de moi il y a cette femme au voile rose qui me regarde avec curiosité et
complicité, mais à la fois un peu avec défi. Derrière elle des enfants sont aussi complètement envoûtés et semblent ne pas pouvoir s’empêcher de nous regarder. Une autre famille arrive, se met
juste en face de moi et me regarde dans les yeux. Il y a trop de regards, alors j’en rajoute un et sors l’appareil photo. Je le tends à la fille en face de moi, mais elle refuse. Alors c’est moi
qui prends son image, surveillée à ma gauche par un petit garçon espiègle avec qui je joue en tournant la tête brusquement. Finalement le sourire de l’homme à côté de moi me rassure.
Il faut bien que nous finissions pas arriver un jour. Voila, San dunes. A peine sortis, une foule d’hommes en kurta blanche se ruent sur nous et nous proposent des chameaux. Nous nous
débarrassons de la foule, nous nous asseyons et commençons à parler à l’un d’eux, un peu bavard .Ce dernier nous apprend que nous ne pouvons pas passer la nuit dans le prochain village qui
est interdit aux étrangers car trop prêt de la frontière et surtout sans aucune commodité. Néanmoins, nous avons atterri dans ce désert qui est lui aussi sans autre habitation que des
huttes. L’homme que nous avons rencontré s’appelle Sahil, il est propriétaire de chameaux. Il nous prend sous son aile, et nous emmène, nous montre sa hutte, et nous propose de passer la
nuit ici. Nous mettons les sacs dans sa hutte, fermons le cadenas, prenons la clef et partons passer la fin d’après- midi et découvrir le coucher de soleil dans le désert. Les dunes de sables
m’envoûtent, je suis complètement sous le charme de cet endroit lorsque soudain, une caravane de touristes américains investie l’endroit et descend de ses chameaux. Nous allons nous cacher dans
une dune, un vendeur de boissons vient s’asseoir à côté de nous. On discute, il a 15 ans, oui il est musulman, comme tout le monde ici d’ailleurs, il habite dans un village avec sa famille là bas
plus loin. Nous nous promenons à travers les dunes de sable, à la recherche d’un endroit calme pour observer ce disque rose s’évanouissant dans l’horizon. Nous retraversons quelques dunes pour
rentrer sous la hutte où Sahil nous attend. Nous sortons le lit, mettons quelques couvertures derrière la hutte, et après avoir pris un chai, nous laissons Karima, le neveu de Sahil, préparer le
repas. Je n’ai vu aucune femme dans cet endroit. Seulement des hommes qui marchent dans le sable, conduisent des chameaux, attendent des touristes, ou emmènent des courses par ci par là. Assis
tous les trois sous le ciel étoilé, nous discutons à nouveau. Taka et moi sommes intrigués par ce personnage étrange qui nous offre l’hospitalité. Il a vraiment l’air sincère, et je suis
convaincue que c’est une bonne personne. Je le suis d’autant plus lorsqu’il me raconte son histoire.
L’histoire de Sahil, le camel driver.
Sahil est né ici, dans l’ouest du rajasthan, au ganga village, là bas, près de la frontière. A l’âge de 10 ans, il a commencé à travailler, dans un restaurant. Il faisait la vaisselle, le ménage,
travaillait du lever au coucher du soleil et parfois même plus tard, à Jaisalmer. Pendant son travail, il a rencontré des touristes, beaucoup de touristes. Et il a écouté, et certains lui ont
appris quelques mots d’anglais. C’est avec les touristes qu’il a commencé et continué à parler anglais. Un jour il a quitté le restaurant et il est devenu conducteur de chameaux, pour les
touristes. Là encore, il a continué à apprendre l’anglais. Il n’est pas allé à l’école. Sa langue maternelle est le hindi mais il est incapable de l’écrire, donc de le lire, tout comme il ne peut
ni lire ni écrire l’anglais. Il y a 3 ans, à 21 ans, il a rencontré une touriste de 23 ans, une néo zélandaise. Nous ne savons pas comment elle s’appelle. Mais ce que nous savons c’est que les
chaussures de marche, le blouson rouge de Sahil, viennent de Wellington. Parce que oui, Sahil est allé en nouvelle zélande.
Alors il nous demande : »vous voulez savoir ce qui s’est passé ? « Évidemment oui. La jeune fille était en voyage seule en Inde. Elle est arrivée et a demandé à faire une
balade en chameau, d’abord un, puis plusieurs jours. Sahil s’est occupé de la nourriture, des couvertures pour la nuit. Et ils sont partis, tout les deux. Ils ont discuté sur le chemin, parce
qu’elle voulait parler. Comme dit Sahil : » moi les touristes je ne leur parle que s’ils me parlent parce que, je sais qu’ils aiment regarder le paysage donc je me tais. » Mais
elle, elle lui parle. Et là, notre petit homme du désert se demande ce que veut cette touriste. Alors le soir après le dîner, et le chai, il lui demande : « est ce que tu me
veux ? ». Il nous dit qu’elle est gênée. (Évidemment pensons-nous). Mais elle ne dit pas non. Alors Sahil nous raconte comment pendant une heure, chacun dans leur coin, ils se sont dits
que oui ils voulaient mais non. Pour Sahil, ce serait la première fois. Et oui, avec qui veux tu que je fasse ça ici ? Tu en as vu des femmes ici toi ? Tu crois qu’il y en a beaucoup
plus au village ? Finalement, oui ils ont faire l’amour au milieu du désert, sous d’épaisses couvertures, car les nuits sont froides. Ensuite, elle est partie. Mais elle est revenue avec, un
passeport, un visa, un billet d’avion, et ils sont partis ensemble à Wellington. Sahil nous raconte à quel point il était terrorisé à l’idée de monter dans l’avion et comme il a regardé bien
droit devant lui pendant tout le vol. Là bas, il a rencontré le père de son amie, un homme formidable évidemment qui a été charmant avec lui. Et puis il est rentré, là dans le désert. Elle, elle
lui a offert des dromadaires, 20 000roupies par tête. Il en a trois. Le soir, il sort son lit, le met dans le sable, prend des couvertures, et dort à côté des dromadaires. Bon, avec un peu
d’amertume, il nous avoue que là, ça fait un moment qu’elle ne l’a pas appelé. Mais il sait à quoi s’en tenir et nous dit, de toute façon, la balle est dans son camp à elle, là bas si loin.
Je m’étonne un peu de cette histoire. Qu’aurais-je fait, moi, avec mes 20 ans, au milieu du désert avec un homme des sables vêtu de plusieurs couches de tissus, qui ne doit pas se laver matin et
soir et qui pourtant crapahute dans les dunes toute la journée ?
En tout cas, selon Sahil, son histoire n’est pas unique, et depuis qu’il est là, il a vu une dizaine de ses amis partir en occident avec la touriste qui les a choisi, un soir, comme ça au milieu
du désert.
Mille et une nuit.
Après notre étrange discussion, nous sommes allés nous asseoir dans la hutte, autour du feu, et nous avons mangé les légumes et les chapatis que venait de cuire Karima… un délice. Pendant ce
voyage, j’apprends à manger vraiment à l’indienne, assise en tailleur, la main gauche posée, silencieuse, pendant que seule la droite coupe le chapati et enroule les légumes dedans. Nous
profitons, mangeons tout doucement et continuons à discuter ensemble.
Nous nous mettons d’accord sur le programme de la nuit d’abord, un lit de couvertures dans les dunes, là, plus loin au milieu du désert et pour le lendemain, réveil avant le soleil et départ en
dromadaire pour ganga village…. Nous allons finalement y arriver.
Je n’ai jamais passé une nuit aussi magique et apaisante. On s’est allongé chacun sur et sous d’épaisses couvertures, et nous avons écouté de la cithare. Allongés dans le sable, le regard dans
les étoiles. Je pense que cette nuit là, nous sommes littéralement transportés. Seule la contemplation est de rigueur sous cette voûte étoilée comme je ne l’ai jamais vue encore. Je ne connais
pas les étoiles, je ne reconnais que les grands classiques et je me mets à imaginer des formes, à trouver des histoires entre ces étoiles qui sont peut- être parfois déjà mortes depuis un moment.
Alors que j’avais l’impression de ne pas avoir encore dormi, notre « hôte » est venu nous chercher, nous éveiller. Nous nous sommes levés et les étoiles étaient toujours là. Tout
doucement, les paupières encore lourdes, nous avons bu un chai assis par terre dans la hutte. Karima a préparé les 2 dromadaires. Il faisait encore froid à cette heure. Taka m’a passé une de ses
vestes que j’ai enfilée au dessus de la mienne, puis j’ai mis ma pashemina autour de ma tête, nouée dans la nuque et ensuite entourée autour du cou. Parés pour le décollage, nous avons grimpé sur
nos montures respectives, moi en tête, avec Karima assis derrière moi, et Taka suivant, son dromadaire lié au nôtre.
Lever du jour dans le désert
Notre caravane s’est mise en route dans ce petit matin nocturne, partant à travers les dunes de sable au milieu desquelles je suis complètement perdue. Mais mon ami derrière moi sait. Je suis
complètement envoûtée, me sent dans un état de contemplation qui semble ne pouvoir jamais me quitter. Nous avançons dans cette nuit peu à peu, mon regard se fait à l’obscurité et je distingue
bientôt une ligne dans le sable que nous suivons tout doucement. Peu à peu, la lumière naît sur le paysage et bientôt, nous quittons les dunes et nous avançons dans un paysage de poussière
et de végétation aride. Notre regard se projette vers l’horizon où se répète le même paysage, à perte de vue, dans le silence. En se retournant, nous voyons les dunes, devant nous, rien que le
petit chemin sillonnant vers là- bas… Le début du jour en Inde est toujours un événement, mais dans ce désert, il l’est d’autant plus. Tout d’abord, la lumière est un peu chiche, elle joue avec
nous, et semble ne pas vouloir se laisser voir complètement, aussi ai-je l’impression qu’elle avance voilée, refusant de se dévêtir, hésitante. Un peu comme une femme peut être parfois… La
promenade se poursuit et nous avons toujours l’impression d’être suspendus, transportés, hors du temps, de l’espace. Le réel revient lorsque l’on joue avec Karima à faire claquer nos langues pour
faire avancer nos dromadaires et que ceux-ci partent un peu plus vite, nous secouant sans pitié. Nous prenons des photos, il est impossible de ne pas se laisser séduire. Là, la photographie ne
sera qu’un substitut, un grigri pour nous renvoyer à cette expérience. Alors que nous approchons du village, nous sommes rejoints par un cavalier seul, un jeune garçon qui nous dépasse et fonce
vers le village. Au moment même où nous posons pied à terre. Après une heure de voyage, le soleil se dessine sur la ligne de l’horizon et en quelques minutes, le disque plein se révèle à notre
regard. Alors que nous marchons dans le village, il monte, monte, là haut dans le ciel déserté par les étoiles trop timides pour s’engager avec cette source d’énergie décidemment trop
envahissante. Finalement la lumière cesse de faire la timide et j’ai l’impression de découvrir le paysage une fois encore, dans des couleurs plus vives, plus affirmées.
Nous partons marcher dans le village où les gens s’éveillent. Au milieu, se trouve un troupeau de moutons. Dans les maisons de terre, les gens commencent à sortir. Je m’engage vers un groupe
d’enfants. Un jeune garçon me parle un peu, sa maman est là, dans la cour, ses frères et sœurs sont autour de moi, restent un peu en retrait. Je lui demande, son nom, son âge, ces toutes petites
questions le font sourire mais auxquelles il répond, heureux de dire quelques mots.
Il m’accompagne pour quelques temps puis part rejoindre sa famille. Dans le village, je trouve un panneau solaire et un tracteur en état de marche, à côté des vaches et des attelages de
dromadaires, cela me fait toujours sourire. Nous ne pouvons pas nous attarder, et nous partons rapidement. Mais pas sans saluer ce petit garçon qui vient vers nous, nous parle un peu et duquel
j’apprends que dans deux heures, il faut aller à l’école, là, en face. Nous devons remonter sur nos montures et nous remettre en route.
Le chemin du retour est plus rapide que l’aller, nous devons prendre le bus pour rentrer à Jaisalmer et il s’agit de ne pas le rater. Mais nous prenons tout de même le temps d’observer et nous
découvrons le paysage que la nuit nous avait caché, une heure auparavant. Quand nous arrivons, chacun est éveillé et la vie a repris ses droits que la nuit avait confisqués. Nous saluons,
remercions, payons notre ami, et nous allons attendre le bus où nous rencontrons des camel driver, mais aussi des hommes partant travailler à Jaisalmer. Ils nous charrient un peu, l’ambiance est
détendue. Nous faisons des photos ensemble et après, nous montons sur le toit du bus où nous poursuivons nos discussions et nos rires. Je rencontre celui qui devient mon « frère » et
qui me noue un bracelet de plus sur le bras droit. A ce jour, j’en ai deux. Pendant ce voyage, nous voyons un troupeau de dromadaires, un village en ruine, des éoliennes immenses battant l’air,
des gens travaillant là, dehors et nous croisons aussi un autre bus avec le toit duquel nous faisons la course…
Arrivés à Jaisalmer, nous partons à pieds vers la gare, guidés par mon « frère » et son ami chauffeur de bus. Nous traversons la ville, ses échoppes colorées et son dédale de petites
rues. Mais l’ordinateur de la gare décide, que non nous ne prendrons pas le train ce soir. Nous repartons donc vers le centre de la ville et nous décidons de ne pas nous inquiéter, de profiter de
notre journée et marchons dans les petites rues à l’aspect moyenâgeux du fort.
Nous découvrons Le palais du Maharadja, le temple jaïn, et l’havelis dans laquelle nous rencontrons un homme un peu étrange qui nous fait un petit jeu et qui finit par conclure : » Dans
la vie, on pense que ce qu’il faut c’est le bonheur, l’argent et l’amour, mais en fait c’est bien plus la santé, puis le bonheur, puis l’argent puis l’amour et enfin, le pouvoir ». Durant
notre balade, nous trouvons une solution à notre problème de transport et nous prenons des tickets de bus de nuit pour Jodhpur. Après cette balade dans le temps, nous retournons dans la ville et
finissons même par nous y perdre. En errant dans les rues habitées par les gens et non plus par les échoppes avec les les touristes, nous croisons un homme, le deuxième personnage de notre
voyage. Nous échangeons quelques mots, sans vouloir être impolis ou trop curieux, donc à petits pas. Puis il nous demande si nous voulons écouter son histoire. J’ai l’impression de voir papy dans
cet homme, grand, calme, posé, qui s’assoit sur le marbre avec nous et se raconte. Autour de nous, il y a les petites filles qui jouaient à côté qui sont venues s’asseoir près de moi.
L’homme de Jaisalmer.
Il est brahmane, ça nous l’apprenons assez vite. Il est propriétaire terrien et immobilier. Mais pour cela, il a travaillé. Il s’est engagé dans l’armée. Il a passé sa vie à voyager d’un poste à
l’autre à travers l’Inde, emmenant toujours sa famille, femme et enfants avec lui. Femme, qui par ailleurs est là, mais ne se montre que pour lui dire que son chai est prêt. Pour lui c’est clair,
la place de la femme est à la maison, à élever les enfants, faire le ménage, préparer le repas. D’ailleurs c’est ce que ses filles et les femmes de ses fils font, ce que sa femme a toujours fait,
elle aussi. Il est aussi allé au Pakistan, quelques temps, le temps d’avoir peur. Aujourd’hui, il vit à Jaisalmer, s’est payé sa situation grâce à l’armée, a créé une entreprise, employant 40
personnes, Maintenant il est retraité, il s’est retiré pour laisser la place à ses enfants. A un moment, il propose de montrer ses médailles. J’en profite pour rester dehors et faire
copine- copine avec les filles qui m’entourent, on ne se dit pas grand-chose, mais on rit pas mal et on prend des photos. Puis, l’homme propose de nous emmener au lac. Même si on a un peu envie
de quitter ce personnage complètement réactionnaire, parfois un peu trop démonstratif, j’ accepte de continuer à le suivre. Même si je ne suis pas d’accord avec ce qu’il dit, je comprends
pourquoi il le dit, ses paroles ne sont pas déraisonnées, elles sont inscrites dans un temps, dans un espace qui n’est pas le mien. Et je ne peux en cela pas lui reprocher son discours, d’autant
plus que sa gentillesse et son affabilité ne peuvent que le rendre sympathique. Alors nous partons avec lui, dans les rues. Là, il nous dit que tout le monde le connaît, mais il ne parle pas aux
pauvres. (…) Arrivés au lac, je découvre un endroit sublime avec trois petites constructions destinées au maharadja, à sa première concubine, puis à son invité de marque. Le temple sur la rive a
été construit par et pour une prostituée entretenue par le maharadja. Je penche la tête et regarde dans l’eau ces poissons horribles, ressemblants à des poissons chats d’une taille monstrueuse
nourris par les quelques touristes qui peuplent le rivage. Nous nous éloignons et allons nous asseoir près de son arbre préféré. En chemin, il loue le gouvernement qui emploie son argent à
construire des gradins pour que les touristes puissent observer le lac alors que des gens avec la peau sur les os et vêtus de guenilles construisent la petite route autour du lac. Charmante
politique. Il reste sur le petit muret et s’entretient avec ses amis qui, successivement, apparaissent alors que nous nous installons au bord de l’eau, sous l’arbre et observons, à nouveau
envoûtés, le soleil qui se couche sur l’eau, avalé par la ville. Nous repartons alors que la nuit est tombée et notre guide nous emmène dans un daba où nous pourrons manger un thali à proximité
de l’endroit où part le bus, dans 3 heures…Nous le remercions et le quittons, un peu perdus par cette rencontre étonnante, ne sachant que penser de ce personnage qui éveille en nous des
sentiments ambigus.
Nous dînons sur les regards émerveillés de mes voisins de derrière qui nous entendent nous exprimer en hindi. Alors que nous dînons, repasse cet homme que j’ai l’impression d’avoir vu ce matin et
qui s’exclame en nous voyant « good combination »…Japan, France. Nous faisant mettre dehors par l’homme qui ferme son restaurant à 20h30, nous nous dirigeons vers l’endroit où partira
le bus. Là, je rencontre la femme qui fait le chai. Je vais avec elle et observe comment elle fait. Elle ne met que du lait qu’elle fait bouillir avec le thé et ajoute ensuite les épices qu’elle
broie devant moi et verse dans le thé, en me disant avec un clin d’œil « tasty »… Après, on s’asseoit toutes les deux. Et elle me raconte son histoire. Elle a 42 ans, et en parait 10 de
plus. Elle a un frère et des sœurs. L’une d’entre elle est morte d’une maladie. Elle a été mariée jeune, a dû partir dans la famille de son mari. Elle a eu un seul enfant, un fils, avec lequel
elle est repartie chez sa mère. La vie avec son mari étant intolérable. Depuis elle habite avec sa mère, l’homme de sa vie, c’est son fils.
Nous montons dans le bus et découvrons l’aquarium qui nous est réservé pour la nuit. Les gens qui passent nous regardent, et s’attardent sur cette fille blanche endormie là, derrière la vitre.
Taka me réveille, cache toi Choralyne !
Nous arrivons à Jodhpur à 4h00 du matin, descendons, les yeux à peine ouverts, ne sachant où nous sommes, la rue endormie, mais bien vite accostés par des vélos « rickshaw » que nous
prenons pour aller jusqu’à la gare où nous nous rendormons, allongés par terre dans une salle d’attente. Nous nous éveillons le corps complètement courbaturé. Après avoir passé une heure de
bureau en bureau pour prendre le ticket de train pour cet après-midi, nous partons dans la ville, ayant laissé les bagages à la consigne.
Le rickshaw négocie 3 fois, la règle l’obligeant ici. Il nous emmène à travers la ville qui est décidemment tout à fait réveillée, puis sur les hauteurs, au pied du fort. Là, nous voyons la ville
s’étaler à nos pieds, au loin le palais du maharadja, un autre palais de marbre se distingue plus clairement, et au dessus de nous, les murs imposants du fort. Nous commençons l’ascension avec
une famille qui va au temple, la femme a 25 ans, elle a déjà trois enfants dont le plus âgé a 7 ans, ils ont l’air heureux, et c’est avec plaisir qu’ils me laissent prendre leur photo que je leur
ai envoyée aujourd’hui. Nous les quittons pour prendre notre temps et observer la structure des murs, l’architecture du fort. Puis nous continuons, nous fondons dans le flot des visiteurs de ce
dimanche. Alors que je monte sous le soleil, je croise le regard du garde, là- haut, qui semble me dire « viens ». Alors nous allons encore plus haut, là où sont les canons, rencontrons
le garde qui se prête avec un malin plaisir au jeu de la photographie et nous quitte d’un œil satisfait et heureux. Nous découvrons alors les boutiques, les échoppes de produits colorés, le
manège pour les enfants sur le chemin pour aller vers le temple. Nous faisons comme chacun, avançons, ôtons les chaussures et regardons la procession des gens venus faire une offrande. Beaucoup
de familles, souriantes, venues pour l’occasion, vêtues de vêtements colorés. Je rencontre une fille avec un groupe d’enfants, elle me regarde depuis un moment, je le sais, puis elle vient vers
moi, me pose les petites questions de toujours, d’où je viens, comment je m’appelle, et est- ce-que je suis mariée à mon ami japonais…je prends sa photo, lui montre. Puis elle se sauve,
disparaît. Elle revient peu de temps après, avec un bout de papier sur lequel elle a inscrit des adresses Internet et qu’elle me tend en attendant la mienne. L’échange est fait. Je m’assois et
observe la ville dans l’une des petites fenêtres autour du temple. La vieille ville toute bleue s’étend devant moi avec ses maisons pareilles, ses pavés coupés par ci par là de petites fenêtres
carrées. Je me relève et la fille est toujours là. Elle me tend une bague et nous nous quittons. Alors que nous sortons du temple, elle me rejoint, cette fois avec toute sa famille qui nous offre
des sweets que nous partageons avec eux sur le pont. Nous marchons alors ensemble, nous nous présentons, nous rions même lorsque je ne parviens pas à faire ma phrase. Nous revenons
dans l’artère principale où sont les boutiques, nous restons ensemble jusqu’à ce que la cérémonie officielle commence et que la foule nous sépare. Le maharadja de Jodhpur est là. Les touristes
américains face à lui, prennent des photos. Lorsque nous partons, nous retrouvons la famille à la sortie du fort, ils nous proposent de venir déjeuner avec eux. Malheureusement, nous avons pris
un train pour l’après-midi et le temps nous manque. Alors ils nous proposent de nous emmener dans la ville, mais m’entendant parler d’un lac. Le chef de famille, qui est au volant, fait un détour
par cet endroit étonnant habité par les militaires puis nous ramène dans la ville. Pendant le trajet, (nous sommes 6 ou 7 à l’arrière) la maman me pose beaucoup de questions, la fille aussi, et
je me bats avec mon hindi afin de comprendre et de répondre correctement. Finalement, ça se passe assez bien, et le moment de la séparation est un peu difficile pour nous toutes… j’ai leurs
adresses e-mail, je leur ai envoyé les photos, mais je n’ai pas encore de nouvelles…
Nous passons une heure à la gare, le train étant en retard. Les deux enfants des rues que j’ai déjà vus ce matin sont toujours là. On s’assoit par terre avec eux et je leur fais des tartines de
confiture. L’un parvient à ouvrir la bouche assez grande pour faire rentrer le petit sandwich, mais l’autre n’y arrive pas, et méticuleusement, il coupe de petits bouts de pain qu’il met dans sa
bouche. Après, ils font la course, font des roues et jouent. Mais les autres arrivent et cette étrange communauté de gamins révèle avoir ses structures de pouvoir et ils commencent à se
chamailler jusqu’à ce qu’un autre vienne les diviser et les fasse fuir dans des directions opposées sur le quai. Nous rencontrons aussi ces balayeuses des gares, qui s’assoient aussi avec nous
par terre, nous regardent, juste.
Je ne sais pas quoi penser de ces rencontres. Je ne veux pas être la touriste qui se donne bonne conscience, balance un paquet de biscuits et s’en va. Peut être que c’est aussi ridicule de
partager ensemble, puisqu’au final, je pars, avec ma vie tellement différente de la leur, et les laisse eux, sur le quai.
Le train de l’après- midi pour Bikaner nous balade encore à travers le paysage du Rajasthan. La nature, puis les villages, les huttes, les gens qui travaillent sous le soleil, les femmes qui
portent des branchages sur leurs têtes, les enfants qui rient et qui pissent en face du train… alors que la nuit commence à tomber, nous nous arrêtons près d’une carrière. Là, un homme sort de
l’usine et se dirige vers le train. Il me voit de loin, à travers la fenêtre sans vitre du train. Arrivé à une distance où je peux distinguer son visage, il me sourit et s’arrête. D’abord, je
décide de ne pas prendre l’appareil photo. J’attends et je lui réponds par un sourire. Mais il n’avance plus. Alors je lui montre l’appareil photo et là, il hoche la tête, avec une mine
bienveillante. Je fais un portrait, puis une photo de pieds. Avec mon appareil, puis celui de Taka. Même avec le flash, je ne parviens pas à obtenir une image claire. Je décide d’appeler ce
personnage : « le fantôme. » Il disparaît. Plus tard, le train arrêté dans une gare, je le vois réapparaître devant moi, venu pour me saluer, il sourit toujours.
Nous arrivons à Bikaner, et découvrons notre hôtel, enfin un lit et une douche, j’avoue que là, ça commençait à presser. Je remarque avec cynisme le motif choisi dans la salle de bains…des scènes
de vie tribale d’hommes noirs…
Le lendemain, après avoir passé une matinée à nous reposer, nous reprenons les sacs et partons dans la ville que nous traversons avec un chauffeur de rickshaw, bavard et sympathique qui nous
indique le marché aux légumes, aux épices, à la viande en nous emmenant vers le fort. Là, nous suivons la visite guidée avec les touristes indiens, version hindi puis anglaise. Chacun semble
surpris de nous voir. Les peintures, les sculptures, les jardins, le lieu de vie des éléphants, nous transportent dans un autre âge. Rapidement nous revenons à la réalité lorsqu’à la sortie,
alors que nous discutons de ce que nous allons faire, un groupe d’écolières vient s’amasser autour de moi avec leur maître et me poser pleins de questions, toujours les mêmes : pays, âge,
travail, étude, mariage… je leur retourne les questions, j’apprends qu’elles étudient l’ourdou, et le hindi, les mathématiques. Puis je pose la question scabreuse : » qu’allez
vous faire plus tard ? ». Là, le maître intervient : elles seront femmes au foyer. Voilà, c’est dit.
Nous repartons et allons marcher dans les rues du petit marché que tout à l’heure nous avons découvertes. J’ai l’impression que rares sont les touristes qui viennent ici seuls, car vraiment le
regard des gens est différent de celui que j’ai pu remarquer lors de nos autres promenades.
Le rat temple.
Après nous être battus avec le rickshaw qui doit nous emmener prendre le bus, nous montons dans le véhicule pour nous rendre au rat temple, et sommes les seuls étrangers. Là, vraiment, je suis
épuisée et je m’endors profondément pendant les 40 minutes de ce voyage. Arrivés là, nous nous renseignons sur les bus pour le retour et sommes bien vite rassurés par un homme qui nous assure que
les bus sont réguliers. Nous suivons la foule et nous croisons l’homme qui fait du jus de canne à sucre broyée. Il me sourit, je lui réponds et échangeons quelques mots. Il me propose un jus,
non, non pas tout de suite, mais au retour, oui. Nous arrivons sur la place entourée d’échoppes de couleurs. Sans peur, nous entrons dans le temple, nous ôtons nos chaussures, et nous
découvrons avec effroi que le guide dit vrai… il y a des rats partout. Ce qui porte bonheur, c’est de voir une de ces petites bêtes blanches, mais malheureusement, je suis un peu trop pétrifiée
pour aller à l’intérieur du temple où grouillent ces animaux et me donner la moindre chance de voir un de ces blancs spécimen.
Alors je reste dans la cour, et discute avec l’homme qui fait payer l’entrée, me dit qu’il vit ici, avec les rats, c’est sa famille me dit-il… là, je me retourne sur la cuisine, où jouent toutes
ensembles des petites bêtes qui me terrifient.
Nous ne nous attardons pas, faisons une brève marche dans les alentours et nous nous dirigeons vers l’homme qui fait le jus de canne à sucre. Là, j’observe le mécanisme de la machine qui broie
les bâtons de canne à sucre pour extraire le jus. Nous discutons, sourions, et voila, la vie est juste belle et douce. Des garçons, grands, minces, s’approchent, posent quelques questions,
repartent satisfaits de nos quelques réponses. Puis nous nous dirigeons vers l’arrêt de bus où sont assises des femmes des villages, vêtues de couleurs. La fille hardie vient me voir, me demande
mes lunettes de soleil, je lui passe, créant la holà de toute la bande, et nous prenons une photo toutes ensembles. Ces femmes ont du caractère, elles sont là, sans hommes et renvoient les
quelques garçons qui oseraient s’approcher d’un peu trop près.
Vient le moment de monter dans le bus, l’un de ces grands moments où, arrivant encore les derniers, nous restons debout, et tout le monde nous regarde. Moi je m’assois par terre, sur mon sac,
pendant les 20 premières minutes. Je discute un peu avec la femme assise à côté, tout le monde écoute, bien sûr… Puis un homme fait son gentleman et me laisse sa place au fond du bus pour prendre
la mienne debout dans le couloir… c’est un piège, je me retrouve au milieu des enfants, bombardée par les regards et les questions, mais le petit garçon qui me lance quelques mots en anglais est
tellement mignon que finalement…A ma droite il y a cet homme un peu trop ventripotent pour le fond du bus qui me raconte sa vie, 20ans de carrière au guichet de la banque à 1h de sa maison… elle
est pas belle la vie ?
Arrivés juste à temps pour monter dans un rickshaw et ensuite se jeter dans le train, nous repartons pour Delhi, la tête pleine de souvenirs, le cœur tout ému. Mais le voyage n’est pas encore
fini… et je parle avec la femme assise a côté de moi. Elle habite Delhi, elle a deux filles dont l’une qui a 20 ans, est à l’université. Son premier fils est marié, comme sa plus grande fille.
Elle vient de Manipur où elle parlait l’anglais et le dialecte de l’endroit où elle vivait. A 13 ans, elle est partie pour Bikaner, se marier avec un garçon de 18 ans. Là, elle a vécu avec la
famille de son mari parlant hindi. En deux ans, elle a appris la langue, est s’est acclimatée à la situation. A 16 ans elle a eu son fils, à 18 ans sa fille, à 21 ans sa deuxième fille. Elle n’a
jamais travaillé. Désormais, elle habite à Delhi, et elle s’ennuie. Alors… nous sommes conviés pour déjeuner, quand nous le voudrons. Pendant ce temps, Taka a lui aussi rencontré un homme, 30
ans, marié, un enfant qui dort avec sa jolie femme dans la couchette, là à côté, il a un MBA et une entreprise en Inde. Il est vraiment intéressant et nous passons quelques temps à lui parler
avant de nous allonger pour la fraîche nuit qui nous attend et dont nous nous réveillons juste à temps pour sauter du train à Delhi et rejoindre notre douche froide à l’université…
Derniers Commentaires