Je vais en cours, un peu excitée quand même et en fin de journée, je pars avec le sac de randonnée qui m’a servi pour partir depuis Paris, et que je me suis offert comme cadeau pour mes 20 ans
afin de réaliser mes petits rêves de périples. Choisi et acheté au vieux campeur sur le boulevard saint germain le jour de la gay pride (inattendue et découverte en sortant du magasin)… (petit
sourire). Les étudiants me regardent passer d’un regard parfois amusé, j’avoue. Je négocie un rickshaw dans l’université, et part rejoindre romain chez Alexandre et nous prenons le train de nuit
à Delhi.
Les couchettes sont assez confortables si on est épuisé… bref, après avoir subi les regards de mes voisins indiens, nous nous glissons dans nos « sacs à viandes » (comme c’est mignon
comme expression…) et nous nous endormons jusque Bénarès ou les rickshaw nous attrapent et nous arnaquent un peu jusqu'à ce que nous trouvions le chauffeur qui nous emmène jusqu’à l’entrée d’une
ruelle à partir de laquelle un guide nous emmène jusqu’à la guest house ou nous rejoignons des amis français de romain et une amie étudiante à Bombay, Hélène.
C’est encore le matin, il est tôt, les magasins commencent juste à ouvrir, les hommes fument sur le pas des portes, les chotus commencent à balayer… il n’y a pas d’heure pour balayer ici me
semble t il. Ce dédale de rues dans lequel je suis complètement perdu m’impressionne et m’effraie, si le guide part, je suis perdue. Après un solide petit déjeuner de pancake, nous partons avec
nos amis qui se repèrent un peu mieux, nous font découvrir leurs petites ruelles, les échoppes aux vêtements de couleurs, les encens, les gens qui descendent les corps des morts sur des civières
recouvertes de draps dorés et les emmène sur un bûcher qui n’aurait jamais été éteint depuis quelques milliers d’année. Bénarès est le berceau de la religion hindoue, ceux qui sont inhumés ici ne
se réincarneraient pas. Pendant la journée, nous allons sur les bords du Gange où nous voyons défiler les fidèles qui se dénudent (avec pudeur) et se baignent dans cette eau de fange que nous
savons tellement polluée.
Nous suivons nos amis dans une grande maison où chaque pièce est remplie de tissus de couleurs différentes, de matières toutes plus douces les unes que les autres, et nous craquons pour des soies
et des pashmiris (écharpes à la douceur inégalée) après avoir négocié les prix… bien sur, et encore, on se dit que même après avoir divisé le prix on ne se fait pas encore avoir. Nous passons en
tout cas un moment étonnant à voir déplier tous ces tissus devant nous, le thé nous suivant dans les pièces dans lesquelles nous passons. Le soir, nous revenons sur ces mêmes endroits, c’est la
fête de l’indépendance indienne et après avoir vu défiler des gens en costume toute la journée, nous les retrouvons sur les bords du Gange pour les cérémonies de rituels qui ont lieu tous les
soirs, mais sont particulièrement importante ce jour. La journée se termine à la gare, et cette nuit sera encore pour nous dans un train… la douche est un peu loin. Arrivée plus au nord de
l’Inde, cette fois, nous prenons un bus et allons jusque la frontière indo népalaise. Là bas, après avoir montré patte plus ou moins blanche (il y a toujours quelqu’un qui oublie un papier dans
ces cas là) aux autorités indiennes, nous passons au Népal, payons nos trente dollars et trouvons un taxi avec des espagnols pour monter en 6h jusque Pokhara lieu de départ de notre
trek.
Après une nuit et une douche plus que nécessaire dans un petit hôtel presque luxueux après ces nuits « traineuses », nous allons payer le permis de passage dans la zone ou nous voulons
grimper et nous voila partis. Les sacs sur le dos, quelques petites choses à manger, et nous partons, traversons un premier pont suspendu, un village de petites maisons, un autre pont
suspendu, et un chemin de terre et de caillou, une cascade ou des enfants nus prennent leur douche naturelle, jusque là, c’est assez sympa le trekking ! C’est bien sur sans compter la suite
de l’après midi qui continue dans les rizières cette fois, un paysage magnifique est devant nous, les cascades qui percent le flanc de la montagne en face, les forets touffues qui nous entourent
et les rizières au milieu desquelles passent cet escalier interminable que nous montons, montons, montons. En débardeur et salopette sous une petite pluie fine qui est bienvenue pour rafraîchir
nos corps tout transpirant dans les lanières du sac à dos. Nous nous arrêtons plusieurs fois bien sur mais avançons tout de même rapidement.
Le soir arrivés à la nuit tombée dans un village, nous nous réfugions dans une lodge, accueillis par une famille de népalais charmants (= la cuisine et le thé étaient délicieux !). Il y a
même une salle de bain avec une douche et de l’eau…chaude ! Bon, pas bouillante, mais pas aussi glacée que je l’anticipais. Nous passons une bonne nuit emmitouflée dans des couvertures et au
petit matin, je me réveille assez tôt pour voir la vallée apparaître, la brume disparaissant, le paysage et ce silence sont assourdissants. La veille, j’oublie simplement de mentionner que nous
avons découvert les sangsues dont parlent tous les guides de trekking pour cette région à cette époque, nous en avions chacun quelques unes au pieds, ce qui n’est rien comparé aux dizaines de ces
bestioles grâce / à cause desquelles on se retrouve les pieds en sang en enlevant sa chaussure… Nous avons un budget un peu trop restreint, ce matin, seulement un pancake, et nous partons. Compte
tenu de notre itinéraire un peu trop musclé, cela se révèlera trop peu et la journée est vraiment très dure. Après avoir un peu grimpatouillé, nous descendons, un chemin sinueux, caillouteux,
glissant et… pleins de sangsues. Nous traversons le fleuve qui accompagne notre chemin et que nous entendons rugir ou ronronner selon l’endroit où nous nous trouvons dans la montagne et passons
sur l’autre rive, c'est-à-dire vers une autre ascension. C’est là, que vraiment, c’est difficile et que le mal de tête, la tête qui tourne, la vue qui bouge un peu, l’envie de vomir, le manque de
souffle, le cœur qui bondit dans la poitrine, là, j’ai peur, parce même si je suis habituée à nager toutes les semaines, donc sportive et travaillant assez mon souffle, marcher dans la montagne,
en montant avec un gros sac sur le dos, sous la pluie de la moussons sur des escaliers aux hautes marches de pierre glissante, en altitude… ça j’avoue, je ne le fais pas toutes les
semaines.
Thomas reste avec moi, m’assure que c’est l’effort, qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il a les mêmes symptômes que moi. Pourtant, là, vraiment je ne fais pas la maligne. Sentir son cœur bouger si
fort, est très beau, j’avoue, là je me sens vraiment vivante, mais cela fait peur. Il me redonne courage, et nous continuons, (continuons = montons tous les deux sous la pluie de la mousson en
débardeur). Nous rejoignons les autres un peu plus haut, puis nous nous suivons, chacun à son rythme. Le prochain village se révèle plus loin que prévu, trop loin compte tenu du faible petit
déjeuner que nous avons pris, et nous arrivons affamés, en milieu d’après midi, et là, suprême récompense… les pâtes !
Dehors, la pluie battante de la mousson. Nous sommes à l’abri. Le paysage est assez étrange sous ces filets d’eau, la brume s’est installée dans la vallée et nous voyons difficilement le village
dans lequel nous sommes qui se profile pourtant dans les contrebas. Nous pensons à la suite, pour moi c’est clair, j’ai eu trop peur tout à l’heure, je n’ai pas de polaire, pas de bonnet, je ne
monte pas à 4000 tant pis pour l’annapurna, j’ai déjà bien profité de ce que j’ai vu ici. Monter c’est bien, mais après il faut penser qu’il faudra avoir des forces pour redescendre, la montagne
n’est pas équipée de toboggan, on ne va pas mettre un jour pour descendre ce que nous avons monté en 4 jours, et il faut que je pense à retourner à l’université. Il y a des petites tensions dans
notre groupe, mais finalement, la pluie réduit les options et le lendemain je pars en début d’après midi, c'est-à-dire assez tard pour la redescente. Toujours ces mêmes rizières, la paix dans la
montagne, les visages aux traits souvent très tirés mais toujours souriants des gens d’ici qui nous regardent passer, nous demandent d’où nous venons, puis où nous allons.
En passant, je réalise à quel point le pays de notre naissance semble important lorsque l’on voyage à l’autre bout du monde, toute notre identité semble basée sur ce pays. On ne nous demande pas
comment nous nous appelons, mais seulement notre pays, dont nous semblons parfois être des sortes d’ambassadeurs pour les grains de riz. Nous nous arrêtons, rencontrons des enfants qui nous
montrent leurs cahiers d’anglais, puis à un autre moment, séance photo, Hélène et romain leurs donnent les appareils, j’ai pris des photos de ces montagnards le regard hypnotisée lorsqu’ils ont
vu leur image apparaître sur l’écran de l’appareil numérique. Nous devons courir sur les sentiers humides et « sansueux » pour atteindre le prochain refuge avant la tombée de la nuit.
Si nous avions fait chauffer nos jambes pendant la montée, la descente n’est pas de tout repos, et ce soir, ça tire. Je prends une de ces douches naturelles, c'est-à-dire dans une petite baraque
de béton, avec une fenêtre sans vitre, et des limaces 5 fois aussi grosses que nos limaces orange suçant avidement les murs de la « bathroom ». Le principal, dans ces cas là, c’est
simplement de se laver, de manger une bonne assiette de pâtes, de s’étirer un peu les jambes et de s’endormir jusqu’au petit matin, moment ou nous pourrons nous régaler de ces pancake délicieux
et du thé népalais à la cannelle dont je raffole.
Pour le dernier jour, nous battons les records, descendant en 3h20 ce qui se fait en 4h ou 5h. il nous fait absolument rentrer pour savoir comment ensuite atteindre new Delhi. Nous faisons un peu
les boutiques à Pokhara ou une grande rue bordée de magasins nous attend. Se succèdent alors boutiques avec le matériel de trekking, bijoux en argent ou toc, tissus, vêtements, accessoires de
couleurs… le stéréotype des magasins asiatiques en occident en fait. Nous voyons passer un expatrié amusant, torse nu, le barbe non rasé, un foulard en bandeau sur la tête, sur un petit cheval
mené à la baguette et qui traverse la rue, tel un prince désargenté parcourant sa cité jadis luxuriante… Hélène et moi quittons Romain qui part pour Shanghai en passant par le Tibet s’il parvient
à se faire délivrer un visa à Katmandou. Nous prenons un bus de nuit qui doit nous conduire à la ville frontière entre le Népal et l’Inde.
je suis tout au fond de ce bus chaotant, n’avançant pas bien, vite, mais comme nous sommes dans la montagne, ce n’est sans doute pas plus mal pour notre survie (…). Une vieille femme dans un beau
sari rouge à coté de moi prend mon épaule pour oreiller, puis elle allonge plus tard sa tête sur mes jambes. Les premières heures, je trouve cela assez beau… mais la nuit avançant, la douleur
dans le cou s’installant, j’avoue que je commence à la trouver un peu moins sympathique. La chaleur, l’inconfort, et les courbatures et ma fatigue me rendent un peu aigrie… Pendant les pauses du
bus, nous avons la chance de voir un ciel étoilé magnifique. Je n’avais jamais vu autant d’étoile dans notre ciel. Nous arrivons à la frontière à la frontière à l’aube, réveillons les
fonctionnaires népalais, passons les barrières sous les regards des gardes et de leurs armes…arrivons en Inde. Le retour est brutal.
Déjà à 5h du matin, les taxi driver nous encerclent pour nous proposer leurs services. Nous allons d’abord régler les papiers administratifs avec le bureau de l’immigration où nous retrouvons la
même personne que lorsque nous sommes arrivés il y a quelques jours et nous entrons dans un taxi ou s’entassent des gens… nous sommes reparties pour 3h de voyage les uns sur les autres. Le levé
du jour à travers la campagne de cette partie plane du nord de l’Inde ou s’étendent des rizières est sublime, nous apprécions la lumière qui révèle la campagne verte, les cabanes, les villages
déjà éveillé où les gens s’affairent en ce petit matin. Arrivé dans la ville pour prendre le train pour Delhi, nous commençons par nous faire proposer un billet pour delhi par une agence de
voyage. L’agent de voyage nous dit qu’il n’y a plus de place, que pour les touristes on peut avoir des billets par lui… j’ai du mal à y croire et j’emmène Hélène à la gare juste en face. Là, nous
découvrons le guichet réservé aux « étrangers et aux femmes »… (si c’est pas beau ça) alors qu’à coté, il y a une ribanbelle de guichets où attendent de nombreux hommes. A coté de la
petite procession de femmes qu’il y a là, des vaches sont couchées, dans le hall d’attente de cette gare, semblant faire comme chacun ici… attendre le prochain train. L’universalité du rapport de
la mère à l’enfant se joue alors devant moi : assis derrière, un homme appelle un petit garçon se tenant à coté d’un groupe de femme. Le petit va vers lui, il reste, 30 secondes, se remet à
piailler, et revient se jeter dans les bras de sa maman qui l’accueille, le met sur sa poitrine, il pose alors sa tête sur son épaule, me fait un petit sourire et ferme les yeux en souriant…
« mama… ». Nous parvenons à avoir des tickets pour voyager en « sleeper class » avec des places numérotées contrairement à ce que nous avait affirmé la personne de l’agence et
ce pour moitié moins que le prix qu’il nous proposait. … le train ne part qu’en fin d’après midi, nous ouvrons le guide de voyage, apprenons que dans celle ville, il n’y a rien à voir. Alors nous
commençons par prendre un bon petit déjeuner, puisque nous n’avons pas mangé hier soir et passons la journée sur une terrasse en face de la gare, à lire.
Sur le quai attendant le train, nous nous retrouvons à coté de touristes japonais aux voyages matérialisés par des auto collants de drapeau sur leur valise, avec leur guide indien parlant
japonais qui leur fait visiter l’inde de Delhi à Bombay en passant par le Rajasthan… bien sur. Très sympathique et cultivé, je parle un peu avec lui, j’en profite pour lui poser des petites
questions sur la middle classe indienne à laquelle je vois bien qu’il appartient. Il habite à Delhi, il me donne sa carte. Lorsqu’il vient nous dire bonsoir dans le train, je lui demande s’il a
des enfants et si je pourrai les rencontrer pour les interviewer, il est d’accord et semble même assez entousiaste à cette idée.
Voila quelques jour que je suis rentrée dans ma petite chambre à l’université, après avoir eu une nuit fiévreuse et une journée au lit, malade, soignée par l’attention et les antibiotiques
d’Alexandre, je retourne en cours, et découvre d’autres aspects de la vie du campus… les soirées à discuter dans la forêt sur un rocher sur les hauteurs voyant les lumières de la ville, troublés
par les lupiotes des avions atterrissant à l’aéroport non loin de là.
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