Je suis arrivée le 20 juillet au soir à Delhi. Le voyage ne m’a pas paru trop long, entre lecture, écriture et film. J’ai discuté avec un indien rentrant voir sa famille, une femme américaine en
voyage d’étude au Népal, des gens vraiment complètement différents peuplent cet avion. En arrivant, évidemment il fait noir, je découvre Delhi par un tapi de lumières de couleurs différentes, je
suis seule, j’ai peur que mes amis aient eu quelques problèmes pour se rendre à l’aéroport. Je crains de ne pas savoir ou aller. Après une longue attente à la douane, je retrouve mon énorme sac
de randonnée et je me rends vers la sortie. Là, la rencontre commence. Ce n’est pas comme dans les aéroports parisiens ou derrière une balustrade en face de nous les gens attendent. Non, là, les
voyageurs doivent passer par une sorte de fosse puisque les cotés ou se trouvent les personnes les attendant sont surélevés, tout le monde regarde tout le monde et ne voit finalement personne,
mes amis sont là, mais je ne les vois pas. Ils ne me retrouvent qu’après les premières minutes d’angoisse où je me demande vraiment où je vais bien pouvoir aller pour la nuit. Je n’ai pas le
temps de penser aux bancs de l’aéroport pour dormir que je les retrouve. Avec plaisir.
Nous sortons ensemble et plongeons dans un autre univers. Des gens sont allongés sur le sol formant un tapis humain sur le béton laissé là à nu. Nous payons un ticket pour prendre un taxi, ils
sont tous là, disponible, chacun en aura certainement un. Le conducteur prend mon sac, et le met sur le toit. L’aventure indienne commence. Il l’attache, … quand même.
En France on nous dit, comment, tu apprends le hindi pour aller en Inde, à New Delhi, … mais ça ne sert à rien, tout le monde parle anglais.
Faux archi faux. Le taxi driver baragouine qq mots, certes, mais il est loin de parler anglais et nous balançons rapidement en hindi. Il prend la route, conduit à l’anglaise - indienne, sur la
gauche, avec son klaxon et l’accélérateur, la route à deux voies se transforme en trois voies… entre voiture, taxi et rickshaw qui se faufilent partout et nous piquent même notre place à la
station essence. Là, il nous fait sortir, il ouvre son capot. Peu rassurant. Finalement, (je n’ai pas fait mécanique auto), il empli le réservoir par le capot. Nous reprenons la route toujours
avec cette même façon de conduire qui en France ne tiendrait pas 500 mètres. Effectivement, notre chauffeur ne voit pas les feux. Le problème c’est qu’aucun des conducteurs indiens ne semblent
voir les feux même lorsqu’ils sont rouges.
Nous arrivons sains et saufs dans la rue d’Alexandre. Le chauffeur pleurniche parce qu’il ne trouve pas le papier avec lequel il se fera payer, nous demande de le chercher, nous lui avons donné
au départ, il repart sans.
Nous ouvrons la petite grille de la grande grille qui ferme la rue dans laquelle Alexandre réside. Son appartement est au 4ème, sans ascenseur, bien sur, je me refais rapidement aux
escaliers, cette fois en marbre, contre mon bois parisien.
Là, je découvre le premier appartement indien, une grande pièce qui sert de chambre et qui se ferme puis un salon couvert par un toit de bambous et de tôles qui se transformera en piscine le
lendemain sous l’influence de la mousson, la cuisine est derrière le bambous, la salle de bain est à l’italienne, la douche au milieu de tout et l’eau froide réchauffée par la chaleur.
Je mange mes premières mangues, un délice, finalement, je me rends compte que je ne suis pas perdue, disons que je troque framboises et autres fruits rouges pour des mangues d’un orange
flamboyant et délicieuses.
Nous allons nous coucher, c’est ma première nuit sous une moustiquaire, sous la clim, mon lapin dort bien, le matin, on ne se réveille pas et Alexandre ne nous réveille que lorsqu’il parle au
téléphone avec les autres qui commencent à s’impatienter, il est 11h15.
Nous prenons un petit dej à l’occidental, Alex vient d’emménager. Nous partons au marché pour aller acheter les choses que nous n’avons pas… PQ, lessive (à la main… et oui il va falloir s’y
mettre, d’ailleurs on a passé qq temps dans la nuit à s’occuper de ça, avec de la musique, ça va), puis les pâtes, le riz (beurk), les fruits puisque la réserve tend à diminuer
dangereusement !
Au marché nous négocions, faisons baisser les prix. Ce sont vraiment des arnaqueurs, pour la véritable valeur d’une chose, on peut souvent diviser par 6 le prix annoncé au début… après, à nous de
faire jouer nos talents, nos capacités à comprendre, ou même à ne pas comprendre et à partir… ils nous rattrapent. Ça ça peut être amusant, mais j’ai peur de vite en avoir assez.
Il y a autre chose qui est étrange après le marchandage, c’est le regard. Je crois que si je travaille sur l’Inde, il serait vraiment intéressant de faire des recherches sur le regard. Il y a
celui des hommes qui même lorsqu’ils sont en groupe et en train de discuter, s’arrêtent et se retournent tous en même temps pour voir la petite blanche passer accompagnée. Ils regardent mais ce
n’est pas gênant, c’est simplement de la curiosité dans le quartier où nous sommes. Il n’y a rien de violant ni d’insistant. Puis il y a le regard des femmes un peu surprises, amusées. Celui des
jeunes hommes, qui balancent leur sourire freedent ou marchent en roulant les mécaniques. Celui des jeunes filles disons, adolescentes, de 13, 14 ans, qui au marché pouffent de rire en nous
voyant. Je ne comprends pas. Ce que je sais des jeunes filles c’est qu’elles ne sont pas élevées pour être émancipées et matures, jusque là, elles sont tout de même un peu niaise. Lorsque nous
sommes allés chercher de l’argent au distributeur, nous avons découvert cet homme assis derrière la porte, qui surveille, vêtu d’un uniforme et ayant un fusil de chasse à ces côtés, pour
dissuader les plus casse cou.
Il y a enfin le regard des enfants des rues, si petits, au corps si fragiles, mais à l’aplomb terrible, qui réclament, donnent de petits coups dans les hanches pour réclamer 0, 01 cents d’euros
qu’ils donneront de toute façon à ceux qui les tiennent appartenant à je ne sais quelle mafias et qui refusent toute nourriture que nous pourrions leur acheter. Ils prennent ce regard langoureux
qui ferait fondre n’importe qui, et font ce mouvement de la main vers la bouche a répétition toute la journée. Ils quémandent auprès des touristes que nous sommes mais aussi auprès des indiennes
venues faire leurs courses.
Dans la rue, les odeurs se mélangent, de la cuisine épicée, à l’odeur des poubelles, alexandre dit que l’Inde est le pays des odeurs, personnellement ces espèces d’effluves suintantes me font
plutôt pencher vers la puanteur pour décrire l’odeur de nos rues, mais ça fait peu de temps que je suis là.
Nous avons déjeuné dans un restaurant indien, des plats assez bons, végétariens mais lourds et très épicés. Ensuite nous avions rejoint des amis et sommes allés faire des photos pour notre
téléphone portable et l’inscription à l’université. Le photographe nous fait passer dans la pièce du fond, vide presque avec seulement qq petits paravents pour régler le peu de lumière qui
demeure ici, il s’amuse avec moi, me fait reprendre la pose trois fois, je n’ai pas encore vu les photos, mais je crois que cela va être amusant. Puis, nous avons du rentrer, nous avons pris un
pouss pouss, c'est-à-dire une petite carriole menée par un homme sur un vélo, et la mousson a commencé. Elle ne m’a pas trop impressionné, disons que c’est une bonne drache nordique. Nous en
verrons sans doute de plus impressionnantes plus tard, mais là, il n’a pas encore plu depuis cet épisode. En rentrant à l’appartement nous avons découvert la piscine dans le salon, et on en a
profité pour commencer la lessive.
Je me sens alors assez bien, les pieds dans l’eau, à moitié trempée, il fait chaud, nous ne prenons pas froid, ça va assez bien.
Pour la soirée, nous retrouvons les autres à leur hotel et partons pour un restau qui se révèlera être occidental. Nous retrouvons des expatriés arrivés depuis qq temps qui en ont assez de manger
végétarien et du riz tous les jours… aie aie aie. Pour nous y rendre, nous devons traverser une route séparer par un terre pleins à quatre voies. Au début nous ne trouvons pas le passage piéton
et espérons pouvoir passer comme cela. Mais le traffic est trop rapide, trop dense, nous trouvons le tunnet nous permettant de nous rendre de l’autre côté indemne. Ensuite pour rejoindre le
quartier en face, nous traversons un étrange couloir de débris de matériaux divers deux murs de briques cassées formant celui-ci. Enfin, nous arrivons à bon port.
Il est assez étrange à Delhi de se rendre dans un restaurant occidental, de voir un menu avec des pâtes et des pizzas et de rencontrer des personnes toutes habillées et se comportant comme à
Paris. Dans la rue, les indiens sont complètement différent que ceux que nous croisons dans ce restau, la fameuse classe moyenne émergente semble t il. Je suis fatiguée, je me mets au fond de mon
fauteuil et observe les gens, aussi bien notre groupe que les autres. C’est assez étonnant de se retrouver dans cet endroit complètement occidentalisé, si ce ne sont les serveurs qui ont parfois
du mal à comprendre ce que nous leur demandons. Heureusement que tout le monde parle anglais en Inde. ah ah ah.
Nous rencontrons des expatriés ayant monté leur business en Inde, ils font du commerce, gagnent pas mal d’argent qu’ils dépensent dans des sorties, soirées qu’ils ne pourraient pas se payer à
Paris. Ils ont réussi leur vie semblent ils vouloir me dire. A chacun son chemin.
Le plus impressionnant sera le retour où le tunnel permettant de traverser la route à 4 voies dans un sans, 4 voies dans l’autre est fermée. Le trafic est bien moins dense, mais tout de même
c’est impressionnant. Nous attendons le bon moment et traversons ensemble en courrant et riant. Ça parait dangereux, mais nous n’avons pas le choix, et puis il n’y a que des rickshaws à ce moment
sur la route, ils ne peuvent pas aller bien vite et ils sont peu nombreux, nous parvenons de l’autre côté sans problème. Alexandre est sur de la direction, mais pas de la route, nous passons par
de petites ruelles, ne croisons que des groupes de qq hommes rentrant dans leurs appartements. Mais aucune femme ce soir. Si nous avons vu des femmes aller faire leurs courses au marché le matin,
le soir celles-ci sont chez elles. Arrivés, nous finissons la lessive et nous récompensons par des mangues et une bonne douche, puis au dodo. Ce matin, nous nous sommes fait réveillés à midi par
nos amis français. Il était quand même tant de se lever.
Suite. Du 22 au 26 matin.
Nous ne partons pas en excursion tout de suite dans la ville. D’abord nous vous écrivons et découvrons un sous sol d’ordinateur ayant un accès Internet bon marché, mais terriblement lent. Nous
partons à la recherche de la rue des librairies. Nous nous retrouvons dans ce quartier à majorité musulman décrit par mes amies la veille. Le rickshaw nous dépose au milieu d’une grande rue. Les
trottoirs sont couverts de livres, mais à part Tagore, il n’y a que de vieux ouvrages techniques, scientifiques, usés, jaunis, ou des romans qui se révèlent être de la littérature non pas de
gare, mais de trottoirs. Après un déjeuner ignoré, nous continuons notre recherche de cette fameuse librairie que nous ne trouvons toujours pas. Face aux étalages des échoppes tenues par les
hommes, quelques femmes indiennes et hindoues font leurs achats. C’est à elle que je m’adresse en priorité pour demander des renseignements, les conseils des hommes que reçoit Alexandre étant
majoritairement incompréhensibles. Les femmes sont un peu étonnées de voir cette étrangère s’adresser à eux, mais très rapidement elles acceptent d’écrire le nom du magasin qu’elles me
conseillent, me disant même de quitter carrément ce quartier pour trouver ce que je souhaite. Nous sommes bêtes et bornés, les autres ont trouvé Nais arak, rue de la librairie, pourquoi pas nous.
Alexandre joue au boyscout avec sa carte et nous emmène arpenter un dédale de petites rues crasseuses, suintant la crasse, la poussière, la misère. Dans cet univers peu lumineux aux rues
étroites, la mousson commence, la boue se forme, les magasins de tissus de couleurs recouvrent leurs marchandises de plastique, les femmes se ruent dans les rickshaws, des hommes attendent à
l’abri. Deux choses me frappent alors. En premier lieu, la disparité des couleurs, entre les tissus chatoyants et vifs et les couleurs sombres de la rue et des bâtiments. Puis il y a les
disparités entre les hommes. Ces groupes d’hommes maigres assis face à des restaurants minables meublés en leur fond de tables et de chaises où se rassasient certains. Je ne sais pas qui ils
sont, ni ce qu’ils font, ni même ce qu’ils attendent en ne paraissant rien demander. D’autre part, il y a ces fantomatiques femmes noires dont le seul rapport au monde passe par le regard et les
mains, seules parties de leur corps découvertes. Plus loin, nous rions d’un marchand de tissus qui de fond du son échoppe nous fait signe et à qui nous répondons, il se tourne alors vers son
acolyte avec un visage de vainqueur. Les femmes se font plus rares, les regards des hommes sur nous plus insistants, nous arrivons à proximité de la mosquée.
C’est un grand bâtiment rouge qui se dresse face à nous. Nous montons de grands escaliers pour arriver en dessous du porche où nous sommes bien vites arrêtés et sommés de payer pour rentrer si
nous avons des appareils photos. Nous disons que non (menteurs, mais à la fois nous n’avons plus de piles ni l’un ni l’autre), et rentrons. Là, sur l’esplanade, nous passons vite, les regards se
faisant assez insistants. Nous ressortons par l’autre porche, donnons une bouteille de sprite à un enfant pour lequel cela semble être un trésor, et qui va le boire en « cachette ».
Alexandre reprend la carte et nous emmène à la libraire, finalement nous la trouvons cette fameuse boutique…fermée, c’est dimanche. Nous restons optimistes nous disant que nous avons tout de même
vu des images assez étonnantes et les gardons à l’esprit. Finalement, pour trouver des livres, nous allons à Connaught place, le so called centre ville de Delhi où un autre monde ouvre encore ses
portes. C’est le lieu de la middle classe indienne en croissance, là où nous croisons des personnes endimanchées à l’occidentale, la chaîne Mc do, des librairies avec Harry Potter, des magasins
de vêtements dignes de la rue de Rivoli…et des enfants rachitiques mendiants de leurs sourires édentés, portant leurs doigts malingres à leur bouche, un père avec son enfant mi nu sur l’épaule la
tête posée sur celle de son père, le cou renversé à 45°. Nous ne traînons pas sur les trottoirs, retrouvons les autres et entrons dans un restaurant chic, que nous payons le prix d’un sandwich en
France.
Pendant les jours suivants, nous allons nous inscrire à l’université. Les troubles avec les dédales de l’administration indienne commencent, mais nous trouvons des étudiants prêts à nous aider,
en un jour je suis inscrite (ce qui est un record), et le lendemain j’ai mon lit dans la chambre d’Aurélia. Nous sommes deux dans 15 m², (finalement, à Paris, 27m² à deux c’était luxueux. Il y a
des barreaux aux fenêtres, l’endroit est couvert de poussière, les étagères de papier journal, le sol est de béton, nos lits sont des planches de bois, nous achetons des matelas en coton (10
euros pour un matelas et des draps…), et projetons l’achat de tenture pour habiller les murs de cette chambre aux parois ivoires craquelées tachetées. Nous passons nos soirées à nous retrouver
entre étudiants sciences po, nous rencontrons tous des indiens chacun de notre côté, nous retrouvons les expatriés en rentrant chez Alexandre, les discussions tournent vite à l’ennui et nous
préférons remonter, finir la lessive, prendre une douche, écouter de la musique et lire de la poésie sous la moustiquaire. Ce matin, premier contact avec le peintre indien qui s’occupe du salon,
il comprend le mot « water », mais à part cela la grammaire anglaise lui semble inconnue, je dois encore me lancer en hindi. Nous avouons pourtant tous qu’une bonne révision serait
nécessaire afin d’arrêter de parler « petit français ». Mon anniversaire arrive demain, j’ai peur de dormir à l’université, les draps ne sont de toute façon pas prêts, alors je vais
sûrement rester dans Delhi chez Alexandre.
Chacun de nous a pris peur en voyant l’espèce de prison cachot qui va nous servir de chambre cette année. Nous pensons tous économiser sur les loyers pour faire plus de voyage, n’utiliser ces
endroits que pour dormir et prendre le thé le matin, et fuir rapidement dès que nous en aurons la possibilité. Dès lundi nous commençons les cours, vaste programme semble t il.
27.
Il est minuit lorsque je reçois mon premier coup de téléphone depuis Paris. On ne m’oubliera donc pas, bien que je sois partie à l’autre bout de la terre pour vivre cet étonnant moment. Nous
sommes allés sur le campus pour dîner. Nous rentrons tôt, sommes pris par une soirée d’expatriés que nous fuyons assez vite au 3ème étage de l’immeuble, pour rejoindre notre top floor.
Nous allons dormir à 4 dans une chambre. Les autres dorment, moi décidemment je n’y parviens pas. J’écoute de la musique, j’écris, je raconte des histoires à mon lapin qui n’en revient pas lui
non plus d’être toujours dans mes bras depuis 20 ans. Je m’endors dans une torpeur angoissante, me réveillant en grelottant sous la climatisation mal réglée. Le matin, le petit dej, les bisous
anniversairés, et puis comme bons sciences po, ils ne m’épargneront pas un débat sur la réforme du bac, merci. Nous passons la matinée à écouter de la musique en vacant à nos occupations dans
l’appartement et décidons de partir pour le fort rouge. Faisant valoir notre statut d’étudiant en université indienne, nous parvenons à payer le même prix que les indiens pour aller au-delà de la
muraille de pierres rouges qui nous domine. Après avoir grignoté des nans bien gras dans un buibui, nous allons dans les différentes parties des musées où l’on découvre l’histoire de l’Inde
perçue par les indiens. On ne peut bien sur pas contester des événements datés dont nous avons l’un et l’autre connaissance, mais il est vrai que l’introduction sur le refus des indiens de la
compagnie des Indes est vraiment en porte à faux avec ce que nous savons, bref, nous sourions et avançons. Le second endroit est bien plus beau puisque c’est alors dans la période Moghol que nous
nous baladons. Nous nous rendons compte que nous sommes assez au courant et profitons pour regarder certains vieux parchemins écris en arabe, ornés de dessins et de fils d’or particulièrement
beaux. Les bâtiments dans le fort rouge sont de style mauresque, et nous sommes alors surpris en voyant des immeubles dont l’architecture nous fait beaucoup penser aux immeubles romains, tels
qu’ils sont d’ailleurs dessinés dans Astérix et le coup du Menhir. Après une sieste indispensable par ce soleil de plomb, nous nous remettons en route, remontons les jardins et sortons dans le
tohu bohu de purani dilli, c'est-à-dire la vieille ville. Les chauffeurs de rickshaws épatés de nous entendre parler hindi, rient et nous acceptent à un prix 10 fois inférieur à celui annoncé au
départ. Bon… nous nous rendons dans une rue à proximité du fort en prenant une trois voies en sens interdit, mais cela ne semble pas déranger grand monde. Au bord de la rue, des hommes se
tiennent derrière des échoppes croulant sous les fruits. Il y a des couleurs partout, il fait chaud, mais nous nous sentons bien. Arrivés, nous nous rendons dans une librairie pour acheter des
dictionnaires et quelques ouvrages d’histoire et de philosophie. Dehors, nous retrouvons le bazar, les échoppes de saris multicolores qui confèrent à l’endroit tout son charme. En rentrant,
d’épuisement nous nous écroulons. Nous organisons un dîner tous ensemble, légumes et crêpes… même à l’autre bout du monde on ne change pas.
Nous sommes déjà le 2 août et je me rends compte que je n’ai pas tenu ma chronique a jour. En effet, en ce moment, nous sommes happés par les formalités administratives afin de régulariser nos
situations, une étape qui nous prendra quelques heures, beaucoup de patience et beaucoup de persuasion pour faire passer les documents qui ne sont pas jugés dignes de l’attention des officiers du
foreign office.
Dimanche, nous sommes allés visiter le tombeau d’un roi Moghol, Humayum. A l’entrée, nous passons en tant qu’indien grâce à notre carte d’étudiants et payons 25 fois moins que les touristes
français qui nous suivent. La, d’abord, nous marchons dans un parc, croisons des arbres au tronc torsadé, et derrière, un paon qui fait la roue, seul devant un mur. Nous apercevons un premier
batiment aux pierres rouges, à l’interieur, quelques informations sur la période moghol en Inde. Je revois défiler les rois que je connais de par mes cours, leur histoire. Puis nous voyons se
dresser un palais tel que celui du sultan d’Agraba dans Aladin (ref pour Clément et Edouard). Nous entendons un bruit sec et régulier, comme si on jouait au ping pong à l’étage. Nous montons et
trouvons là des travailleurs affairés à frapper le marbre sous un soleil de plomb. Après avoir la découverte de ce lieu, quelques clichés et des discussions, nous retrouvons les personnes
rencontrées à la mosquée jeudi dernier et partons diner indien dans un quartier que nous ne connaissons pas.
Lundi, les bonnes résolutions sont prises pour aller en cours. Seulement les emplois du temps ne sont pas affichés, les cours commencent plus ou moins, les salles ne sont pas prêtes, pas
indiqués, la plupart des professeurs sont en attente d’un travail administratif concret pour pouvoir démarrer leurs cours. Finalement, nous prenons en note différents cours, avec les informations
que nous parvenons à recueillir, l’une manquant toujours à l’appel, le jour, l’heure, la salle, la date du premier cours. L’air est alors lourd et l’après midi est assez longue. Je parviens à
entraîner les garçons avec moi à la piscine de l’université. Après une petite demi heure de marche, nous arrivons, la piscine est fermée le lundi, finalement ils l’ouvrent, mais seulement pour
une heure nous disent ils, le bassin est à ciel ouvert, l’eau est chaude, trop chaude pour nager, il faut un peu de temps pour s’habituer. Le rythme prit, nous pouvons enfin faire travailler nos
jambes fatiguées par des heures de piétinement, voire d’immobilité sous une chaleur trop lourde. Ce soir, nous dinons à l’université, des plats épicés, bons et peu chers et assistons à notre
première « manifestation » estudiantine à JNU. On nous avait dit que les étudiants de ce campus sont plutôt marxistes et très engagés dans les affaires tant intérieures
qu’internationales. Il est assez inattendu de voir ces quelques dizaines de personnes au bord de la route, en cercle autour d’un bonhomme de papier ou quelques slogans sont inscrits. Ils
protestent si j’ai bien compris contre la mise en examens d’étudiants ayant participé à une manifestation face à l’assemblée nationale la veille, manifestation tendant à appeler les
parlementaires à réagir face aux violences subies par des fermiers du Nord de l’Inde. Après un discours en hindi que nous ne comprenons pas, ils brûlent leur statue et se divisent en petits
groupuscules. Nous partons.
La journée de mardi sera dédiée aux bureaux indiens, du foreign office à la bibliothèque de l’ambassade de France à Delhi où nous empruntons des ouvrages à lire pour nos cours. Je suis allée à un
cours traitant de l’image. Je triche un peu car j’ai déjà lu certains ouvrages et je connais certains auteurs présents dans le syllabus, mais j’ai vraiment envie de m’investir dans ce cours et
d’aller plus loin. D’autre part, j’ai assisté à un cours faisant une généalogie des pensées de l’Inde depuis le XIX expliqués par ses sources dans les textes anciens jusqu’à l’époque
contemporaine expliquée bien sur par la fracture causée par le colonialisme.
Aujourd’hui, je viens de vivre ma première véritable journée de mousson. Hier soir, nous sommes rentrés sous la pluie, avons regardé un peu les éclairs strier le ciel puis la pluie commencer à
tomber pour ne s’arrêter que cette après midi.
Ces derniers jours, il a un peu plus, et sur la route, nous voyons des choses étonnantes. Nous traversons des routes pleines d’eau, voyons les gens s’arrêter, s’abriter, la ville vivre dans une
sorte de ralentit. Aujourd’hui par contre, une autre image m’a heurtée. Le choc est d’autant plus important qu’il semble que j’ai été la seule à remarquer ce fait. Nous étions sur une route à 4
voies, sur un échangeur, le véhicule montait la route. Comme toujours, je regarde les environs, puis la route. Aujourd’hui, j’ai vu un rickshaw arrêté en pleine voie, au milieu de la route vers
le sommet de la côte, tenu non pas par un frein à main, mais retenu par le bras d’un chauffeur à demi ensanglanté. Notre chauffeur sembla l’avoir remarqué aussi mais ne fit rien. Les autres ne
l’ont pas vu, n’ont pas compris mon angoisse.
J’ai peur de cette rencontre avec l’accident, le sang, la souffrance au milieu de ce trafic cacophonique et désorganisé. Aujourd’hui, c’est la première fois. Je pense qu’il y aura tristement
d’autres moments comme il y aura encore beaucoup de petites filles à la jambe coupée mendiant dans la rue ou d’autres femmes un nourrissons pendillant dans leur maigres mains nous demandant de
l’argent, de la nourriture, ou même du change.
Nous planifions de partir en week end, la réservation des billets attendus épique s’est finalement relativement bien passée et nous devrions passer un week end touristique.
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