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Le voyage d'hiver.




14 décembre 2007 – 8 janvier 2008
 
Delhi-Hyderabad-Madras-Pondichery-Madurai-Peryiar-Cochin-Mangalore-Goa-Mumbai
 
Parfois quelques jours d’arrêt, parfois, ne faire que passer, mais toujours, regarder.
 
Le 14 décembre dans le froid du matin de Delhi, mon père monte dans un taxi et part en direction de l’aéroport, en direction de la France, de Paris, du Nord. Il part pour l’hiver là-bas qui ne sera pour moi que des souvenirs, des hologrammes spectraux de pensées. Je monte dans un taxi, pars pour la gare, pars pour 24 heures de voyage. Le quai est bondé de marchandises, de gens dont le souffle dessine une traînée de fumée blanchâtre disparaissante dans l’air. Le jour n’est pas encore levé et dans le wagon, la lumière des néons surprend les regards des uns et des autres. Les membres ankylosés par le froid, l’esprit encore abandonné au sommeil, chacun machinalement prend son sac le pose sur sa couchette, s’allonge dans un draps, une couverture et quelques minutes plus tard, le silence des hommes laisse place à la berceuse du rail qui nous emmène vers le midi et le réveil.
 
J’observe le paysage défilant, défiant, fuyant. La lecture, l’écriture. Commencent ensuite à me parler les étudiants autour de moi. Ils sont musulmans, tous vêtus de vêtements blancs. Les plus vieux ont 22 ans, le plus jeune doit en avoir 18. Je note rapidement que le wagon est exclusivement occupé par des étudiants qui rentrent chez eux pour l’Eid, ou pour Noël comme moi je ne rentre nulle part pour aller partout. Nous finissons par jouer ensemble au voleur. Ils m’expliquent les règles avec un hindi enthousiaste que j’ai parfois du mal à saisir. Finalement chacun obtient son petit bout de papier lui révélant son identité (écrit en ourdou bien sûr…). Alors le Raja se désigne. Il est celui qui doit trouver la Rani (au début c’est amusant car je suis la Rani moi qui suis aussi de toute façon la seule fille dans cette partie du train). La Rani doit trouver le zamindar (intendant) qui doit trouver le menteur qui doit trouver le policier qui doit trouver le voleur. Commence entre nous un jeu de regards entre croisés afin de tenter de découvrir qui est qui. Nous enchaînons partie sur partie jusqu’à ce que lassée je monte sous les ventilateurs m’endormir. Explosée toute la journée aux courants d’air, j’ai pris froid et la nuit est longue. Le matin, nous arrivons avec seulement une heure de retard. Je vois les gens descendre du train et mes amis d’un après-midi retrouver leur classe ou leur école, je ne sais trop quoi dire tant ils sont nombreux.
 
Je suis en Andra Pradesh, ici les gens parlent le telugu, une langue complètement différente du hindi même par son alphabet, ce que je constate dès ma sortie de la gare en regardant les panneaux publicitaires.
 
Je retrouve mon amie Maïa. Dans l’hindouisme, ce mot désigne l’ombre de l’esprit créateur de l’univers. Elle est arrivée depuis un mois à peine en Inde où elle fait un stage à l’alliance française. Je ne sais pas trop comment elle se porte et c’est avec plaisir que je retrouve l’amie souriante que je connais. Elle m’héberge pour quelques jours.
 
Dès cet après-midi, partons toutes les deux à la découverte de la ville. Tout d’abord, nous allons au Birla Mandir, un temple de marbre blanc qui se dresse sur les hauteurs de la ville avec une vue sur le lac artificiel en contre bas au centre duquel une statue du bouddha a été élevée en mémoire de la communauté jain de la ville. Nous passons l’après-midi assises à discuter, à nous retrouver observant au loin le soleil qui finira par se coucher devant nous.
 
Hyderabad est une ville surprenante et différente de Delhi tant dans sa typographie que dans l’atmosphère qui y règne. Elle a été construite au XVI sur la rivière Musi par le Shah de Golconda suite à des épidémies liées à la qualité de l’eau. A la fin du XVII elle fut prise par Aurangzeb puis fut administrée par des hommes placés par l’administration de Delhi. En 1724, la dynastie des nizams d’Hyderabad commence alors que la ville prend son indépendance. La situation économique est florissante. Au XIX les Anglais installent un camp militaire à Secunderabad de nos jours ville parfaitement adossée à Hyderabad.
Hyerabad est connue pour ses perles et effectivement les bijoutiers sont nombreux à nous alpaguer lorsque nous allons nous promener dans les petites rues du marché. A la veille de l’indépendance Maïa me rappelle que le nizam d’Hyderabad était l’homme le plus riche du monde, c’est d’ailleurs aussi pour cela qu’il a fallu quelques rencontres convaincantes avec l’armée pour qu’il accepte de se lier à la république indienne naissante.
Aujourd’hui la ville est divisée entre quartier, entre atmosphère. Le quartier habité par les musulmans reste surtout celui des bazars et des anciens quartiers alors que le quartier de Secunderabad où je séjourne est exclusivement hindou. La situation économique y est prospère comme en témoigne l’architecture des immeubles voire des maisons.
 
Le lendemain, Maïa et moi partons pour le Charminar, un monument édifié à la fin du XVI en commémoration de la fin d’une épidémie dévastatrice. Il fait 56 mètres de hauteur et 30 mètres de largeur. En cette journée ensoleillée, de nombreux touristes attendant afin de pouvoir y monter et admirer la vue sur le marché et le quartier musulman. Nous allons voir la grande mosquée dans laquelle notre sexe ne nous permet pas de rentrer. Nous devons nous contenter de l’architecture extérieure. Déjà autour du Charminar, les marchands de fruits sont nombreux et je trouve même des figues dignes de celles que je mangeais en Sardaigne. Ensuite nous nous aventurons dans les rues de le vieille ville là où sont toutes les boutiques de vêtements, de bijoux, de bracelets, de casseroles (eh oui) et de fouillis parfois de n’importe quoi. Je me souviens que soudain nous arrivons sur une place où sont des étalages emplis de clefs, puis de couteaux aiguisés par un homme pédalant sur un vélo ! nous marchons, marchons, marchons. Toujours, nous sommes des filles, des blanches. C’est vrai que les gens nous regardent, mais simplement, ils regardent, curieux, étonnés. Maïa n’était pas encore venue ici, son travail lui ayant pris beaucoup de temps rapidement. C’est étrange car je me souviens que lorsque je suis arrivée à Delhi, Chandni Chowk le marché de la vieille ville majoritairement musulmane est le premier endroit où Alexandre m’a emmenée. Pour moi l’Inde est rapidement devenue cette ambiance de bazar, de marché de couleurs, de crieur de rues, de femmes marchant en groupe souvent sous une burqa.
 
Le jour suivant, Maïa travaille et je serai seule pour aller me balader au fort de Golconda puis au 7 tombes. Golconda est l’endroit où résidaient originairement les familles royales. D’abord le fort fut édifié de terres puis, de pierre. Il est construit sur les hauteurs et permet de voir la ville.
Dans la file pour entrer dans le fort, je vois devant moi trois femmes vêtues de la burqa. Elles m’entendent parler à l’homme en hindi pour avoir mon ticket. Finalement elles s’éloignent et je les retrouve m’attendant devant le panneau où est dessiné le plan du fort. Je me repère et tente d’observer la structure de l’endroit dont Maïa m’a parlé comme étant vraiment magique, rappelant un temps inscrit dans la poussière des pierres que la rêverie dans le silence pourrait retrouver. Mais ça bafouille et ça rit derrière moi. Elles m’attendent.
Dans un anglais parfait et sans aucune hésitation, elles m’abordent, me demandent d’où je viens, d’où je parle hindi et ce que je fais. Alors nous nous avançons toutes les quatre. Je me demande ce qu’elles vont faire ensuite. Vont elles m’abandonner à ma découverte solitaire de l’endroit ou rester à côté de moi. On ne dit rien, continue à marcher.


 
Elles s’étonnent de me voir seule, vraiment seule. Non, aucun ami n’est censé me rejoindre, je suis sortie seule et étais destinée à passer la journée seule. Oui. Rapidement, elles me font savoir que je vais les accompagner pour la visite qu’elles ont bien sur déjà fait.
Nous arrivons dans un premier hall où la nature des murs révèle leur traîtrise. Comment gérer une cour avec des gens qui vont sans cesse comploter les uns contre les autres si ce n’est en les empêchant de communiquer sans être entendus ? Lorsque l’on parle à un endroit, on peut être entendu à l’autre bout de la pièce grâce à l’architecture des voûtes.
 
Nous nous mettons en marche pour les hauteurs du fort et après avoir traversé le jardin plane, nous montons les marches. Je distingue alors leurs pieds chaussés de sandales à talon et ornés de couleurs ainsi que leur bas de pantalons, rose, bleu, blanc sous la burqa noire. Jusqu’à ce moment je ne connais que leur regard puisqu’un voile couvre leur visage. Dès que nous nous trouvons dans un coin d’ombre sur les escaliers et que personne ne se montre, elles enlèvent leur voile et me souriant me disent « là, tu peux voir nos visages ». Auparavant, nous nous étions amusés et je leur avais dit que j’étais certaines que derrière ces voiles de ténèbres de jolis visages heureux devaient sûrement se cacher. Effectivement c’est le cas.
J’oubliais, elles ont 20 ans et étudient la finance dans une université d’Hyderabad dont elles sont toutes les trois natives. Aujourd’hui, si j’ai la chance de les rencontrer, c’est parce qu’elles sèchent les cours…
Soudain, un groupe de personnes arrive, il y a des hommes. Sur le signal de l’une elles s’empressent de remettre leur voile et silencieusement, nous reprenons notre ascension. Peu à peu la ville prend forme, la ligne de l’horizon s’éloigne et découvre le paysage dans la brume. Nous arrivons au temple hindou construit dans des pierres qui font la particularité d’Hyderabad. Des dieux colorés y sont peints dans des attitudes terrifiantes voire apaisantes. Je ne m’attarde pas et préfère suivre mes trois compagnes.
Arrivée tout en haut je les sens mal à l’aise. Il y a de nombreux touristes et même si elles me demandent de les prendre en photo, ce n’est qu’après s’être assuré que l’endroit est vide qu’elles retirent leur voile. 
Nous descendons quelques escaliers, marchons dans des pièces aux voûtes admirables puis reprenons la descente deux par deux en se tenant la main. Nous sentons des regards bien curieux posés sur nous. Je suis là, toute blanche et blonde avec ces trois filles, silhouettes ténébreuses.
Le déjeuner est le moment par excellence pour s’assoire et m’assaillir de question. Non bien sûr je ne suis pas mariée, ça elles le savent bien. Elles me posent des questions sur ma famille, ma vie, ce que je fais, ce que je vais faire. Je ne sais pas répondre à tout, je n’ai que des pistes. Elles, au contraire, elles savent. L’une d’elles est fiancée. Elle est censée ne pas voir son futur mari, mais j’apprends rapidement que de petits rendez-vous interdits sont donnés. Les deux autres, elles, seront mariées dans deux ans au plus tard. Mariages arrangés bien sûr. Pour elles, autre chose est impossible. Je leur demande si elles connaissent ces hommes. Non. Ou vont elles aller vivre ? Avec eux, dans leur famille ? Oui avec eux. Non pas dans leur famille, seulement eux. Et il y a peu de chance pour qu’elles restent à Hyderabad. Avec nonchalance l’une me dit, peut être irons nous en Arabie Saoudite. On y vient. Maïa m’avait un peu parlé de cela, mais me retrouver en face de ces jeunes filles que l’on élève dans la tradition le respect du père, du mari, de l’homme, est assez impressionnant. Elles étudient, mais elles savent qu’elles ne travailleront jamais. Je leur demande, pourquoi étudiez vous la finance si vous savez que vous ne ferez jamais que des comptes domestiques, comment êtes vous motivées pour passer du temps à étudier ? Parce que peut être que si l’on étudie bien on aura un bon mari. Ahh oui. Là, tout prend sens.
Elles me disent, tu vois, toi tu tombes amoureuse et ensuite tu te marieras et ta famille ne choisira pas officiellement (oui je suis tout à fait consciente que même en occident, appartenir à une famille détermine le choix de la personne épousée dans la mesure où existe le phénomène de reproduction sociale). Nous, d’abord on nous présente l’homme et ensuite l’amour naîtra. Oui, d’accord dis je. Plus tard en rencontrant d’autres femmes, j’ai réfléchis un peu sur cette thématique du mariage arrangé, des formes d’amour qu’il en émerge ou non, de ce que cela révèle de la société, de la place de l’individu, de celle de la femme pierre angulaire de toute la réflexion et nœuds de mon doute lancinant quant à cette forme de contrat. Et finalement, j’ai tout de même l’impression que l’amour tel que moi je le vis est quelque chose qu’elles ne peuvent pas connaître dans la mesure où ne lui est laissé aucun espace, ce au non de la famille, de la société, de l’ordre de la société. Cet amour naît chez nous du hasard, de rencontres fortuites. Pour elles, je sais que ce n’est pas possible.
 
Je leur demande ce qu’elles savent de cette vie imminente. Elles ont des choses à dire. Des choses qui questionnent. Elles savent que la veille de leur mariage, on (des femmes) va leur expliquer ce qui va se passer. Déjà elles savent qu’elles doivent faire tout ce que leur mari leur demande de peur qu’il n’aille vers une autre femme, elles savent aussi qu’elles ne doivent pas crier, pas pleurer, rester silencieuse. Voilà quel est leur devoir. Tout ce que je leur souhaite, c’est d’avoir un mari assez intelligent pour leur parler, leur expliquer et ne pas les violer pendant cette première nuit qui fait briller leurs yeux.
Puis nous parlons des enfants, elles en veulent chacun deux. Alors je leur demande si elles savent comment fonctionne leur corps. Elles disent oui, on a des règles tous les mois, 7 jours, qui signalent que nous sommes matures et un an après notre mariage nous aurons un enfant. Le plus amusant, c’est quand même la règle des un an. là, vraiment intérieurement je meurs de rire, de tristesse, je ne sais pas. Alors là, je prends un stylo un bout de papier, leur fait un schéma avec le cycle de la femme, ce qui se passe dans notre corps à nous les femmes. Certes, ce n’est pas comme cela qu’elles seront maîtresses parfaite de leur corps. Je leur explique la naissance et la croissance d’une cellule dont les menstruations signalent la mort et la destruction de son environnement. Alors je leur dis, il vous faut compter, si vous voulez pouvoir comprendre ce qui se passe en vous il faut vous intéresser à cela. Elles sont fascinées et m’assaillent de question. La dernière sera… Mais comment sais tu cela ? ma maman, et l’école répondis je. Et là : « quoi, ta mère ? L’école ? »
Ici, avant le mariage, le sexe n’existe pas. On sait que les filles, ce n’est pas comme les garçons, elles peuvent concevoir l’enfant, les règles y sont pour quelque chose, mais quoi on ne sait pas vraiment.


 
Ayant quitté mes compagnes, je me dirige vers les sept tombes, un endroit à voir dans la continuité du fort puisque l’on retrouve cette architecture de palais, de dômes dans un jardin d’herbes sauvages alors que le soleil commence à décliner.


 
Après quelques jours à Hyderabad, un soir, je prends le train pour Madras. A la gare, je rencontre une femme et son mari qui m’aident d’abord à gérer mes problèmes de ticket, puis avec qui je sympathise. J’apprends que le lendemain ils prennent comme moi le bus pour Pondichéry nous convenons de nous retrouver sur le quai de la gare après le voyage. Dans le train, je parle un peu aux filles à côté de moi. Elles travaillent à Hyderabad, là, rentrent pour le week-end. La semaine, elles vivent dans les locaux fournis par leur entreprise, la règle est la même qu’à l’université, on ne mélange pas les filles et les garçons sauf dans les lieux publics. Elles ont 22 ans.
 
Arrivée à Madras je suis malade, j’ai la nausée, et c’est avec bonheur et rassurée que je retrouve le couple de la veille qui m’emmène à la gare de bus avec eux en taxi. Le petit truc contre la nausée que mon amie me donne est un citron que je pèle et que je vais sentir pendant les 5 heures que le voyage va durer dans un bus du gouvernement (glingglingglin) avec une télévision hurlante de clips en telugu où des amoureux très étonnés de se retrouver sur des sommets inhabités dansent ensemble dans des rythmes lassants.
 
A Pondichéry je sors de l’hôtel, regarde et ma droite et aperçoit au bout de la route un ciel bleu un peu trop arrogant. Je sais la mer non loin de là. Ah la mer. S’assoire sur le sable, regarder un horizon inconnu. Classique, peu original. Mais finalement, c’est ce que je fais à chaque fois que je la retrouve sachant qu’au delà de chaque horizon je peux imaginer une histoire différente. Pendant ce voyage, l’horizon de la rencontre du ciel et de la terre auront en effet des histoires bien particulières à me raconter, de celles des pays d’Asie du sud est à celles des îles de l’ouest de l’Afrique ou de l’Afrique elle même.
 

 
Je décide de partir dans la ville et me trouve coincée par la venue de la présidente indienne. Hésitant dans quelques ruelles, je finis par me trouver devant un temple hindou dédié au dieu à tête d’éléphant, Ganesh, devant lequel se trouve mon premier Dumbo. La ruelle est grouillante et je ne tarde pas à la fuir, atterrissant ensuite dans la rue commerçante de la ville. Petite balade dans cette ambiance vraiment paradoxale. Une rue, avec un trottoir, des endroits aménagés pour se garer, des magasins avec des vitrines, … j’ai l’impression de ne plus être en Inde quand j’entends un chauffeur de rickshaw énervé qui se met à jouer rageusement du klaxon. Ce soir, je suis seule, et je planifie de m’endormir lorsqu’un jeune homme me croisant s’arrête et me donne une invitation pour une soirée dans l’hôtel de luxe de la ville. Je ne me sens tellement plus en Inde que cela me paraît presque naturel. Avant de partir, je vais sur le toit de l’hôtel depuis lequel le ciel est je l’avoue magnifique.


 
Curieuse, après un peu de repos, je me décide pour aller voir ce que peut être cette soirée. J’arrive alors devant un hôtel luxueux où les enfants des expatriés jouent dans l’ascenseur, où le portier ne remarque même pas que je suis habillée comme une plouc (eh oui je suis en voyage je n’ai pas ma robe de soirée) et me laisse rentrer dans leur petit lounge bar. Je retrouve cet étrange ami qui parle français et me présente alors à ses frères qui travaillent d’ailleurs à Paris, en témoigne l’accent avec lequel ils parlent français. Je ne vais pas m’éterniser, je note simplement qu’il n’y a aucune fille, femme indienne. Je suis la seule jeunette, les autres femmes étant des femmes avec leurs enfants qui se trémoussent sur une piste de danse invisible. Parmi mes hôtes, les profils sont partagés. Tous gentils, curieux, enthousiaste à l’idée de m’apprendre tout ce qu’ils savent sur la ville, me parlant sans hésitation ni envie, je suis heureusement étonnée de cette rencontre.
 
Comme d’habitude, je m’éveille avant le jour. Alors je monte sur le toit et observe la disparition de l’univers étoilé et de la naissance du ciel bleu. Peu à peu, la lune disparaît. Je décide de traverser la ville du nord au sud. Sur le chemin, les écoliers, les gens qui partent travailler, un canal, des églises, des maisons peintes de couleurs différentes, des plantes qui odorent la rue et la lumière du soleil qui inonde et révèle ce monde qui s’éveille. Je trouve pour la première fois l’occasion de manger du « vrai pain », un régal. Je déambule un peu plus longtemps dans la ville, mais pressée par Olivia et Aurélia que je dois rejoindre, je décide de quitter mon hôtel et de repartir sur la route.
 
Le voyage jusque Madurai dure 9 heures dans un bus du gouvernement au fond duquel je prends place. Par chance, il n’y a pas de télévision et je peux observer le paysage librement à travers la fenêtre et laisser divaguer mes pensées.
C’est une campagne inconnue qui défile devant moi. Une campagne qui a été inondée, comme en témoignent les quelques villages disparaissants du bord de la route. Il y a des champs de culture, des villes que l’on traverse sans s’arrêter jamais, avec leurs éternels marchands de papiers brillants de tout de rien, leurs étalages de fruits colorés et juteux, leurs petits-enfants si minces qui courent si vite portent des fardeaux si lourds.
Alors que la journée prend fin j’observe sur la route des cohortes d’hommes et de femmes vêtus de tissus rouge, orange, blancs. Je les trouve dans des points d’eau, occupés à se laver. Les hommes d’un côté les femmes de l’autre. Les femmes que je croise ici semblent n’avoir jamais coupé leurs cheveux de toute leur vie et elles rient ensemble en démêlant leur longue et fine chevelure noire. Je ne sais pas s’il s’agit d’un moment spécifique où si c’est simplement la toilette du soir. En tout cas, ces processions m’impressionnent.
 
A Madurai je retrouve Aurélia, Aurélia, Olivia…quel trio. Entre fille, le voyage devient alors différent. On fait les boutiques sans culpabiliser. On nous regarde autrement, peut être d’ailleurs un peu trop comme des dollars ambulants.
Nous allons au temple à l’architecture typique de ces temples hindous du sud de l’Inde qui se distinguent de ceux du nord tout d’abord par leurs aspects multicolores ainsi que par le nombre des statues de dieux, d’hommes, de scènes qui les ornent. Beaucoup de visiteur dans ce temple immense où nous croisons principalement des shivaiites, adorateurs de Shiva. Shiva a pour compagne Parvati et pour fils Ganesh et il se déplace sur un buffle appelé Nandi. Il représente la destruction, l’austérité et les formes malignes de la vie. Il est représenté sous la forme du lingam, le symbole phallique qui est adoré dans les temples qui lui sont édifiés. Le lingam est le symbole du pouvoir de régénération et de procréation et il est toujours posé sur le yoni qui ressemble étrangement au sexe de la femme comme le lingam ressemble à celui de l’homme.
Le temple dans lequel nous sommes est le plus grand que l’on puisse trouver de la sorte. Il y a une immense cour par laquelle on peut accéder à différentes parties certaines étant interdites aux non hindous. Nous remarquons avec amusement quatre petites chambres successives au milieu desquelles trône un lingam qui à mesure que nous passons l’une puis l’autre de ces pièces est représenté dans une taille supérieure. Il y a dans une cage plus loin les statues de dieux représentant les jours de la semaine.
Nous arrivons plus loin au niveau d’un bassin dans lequel on peut voir un lotus d’or. Le lotus est cette plante qui naît de l’eau et se réalise en une belle fleur. Il est ici le symbole de la naissance de l’univers par le soleil. Il symbolise la création par soi. Sous les voûtes autour du bassin, sont peints des animaux, des symboles, ainsi que des scènes des textes de l’hindouisme.
Nous sommes alors dans le bon endroit pour voir les fidèles se rendre au temple. La plupart du temps,on voit des groupes d’hommes vêtus de tissus noirs aux bords bordeaux et verts ou violet et verts entrecroisés de fils dorés. C’est le tissu qui permet habituellement de reconnaître les adorateurs de Shiva. Les enfants de ces hommes vêtus de noirs ont des visages étonnants, des traits fins et des regards profonds. Je me perds soudain dans le regard d’une petite fille qui semble raconter le monde. Je fais quelques rencontres amusantes et quelques bon clichés. Je rencontre un homme au teint noir et aux yeux verts fabuleux.
 

 
L’errance dans le temple devenant lassante, nous quittons l’endroit et nous mettons en marche de nouveau avec nos sacs pour Peryiar le parc naturel où nous espérons voir des éléphants. Nous arrivons à la tombée de la nuit après un après-midi de bus où le paysage défile, défile, défile, s’effile maintenant dans mon esprit.



 
C’est le 24 décembre que nous partons dans le parc, à pied. Je retrouve des odeurs connues de la forêt, des lumières aussi, qui se dissipent, se faufilent à travers les feuilles des grands arbres. Nous respirons, marchons, profitons de l’endroit. Nous partons avec un guide à travers le domaine du parc, à pied. Nous traversons un bras du lac sur un radeau et arrivons saines et les pieds trempés sur la rive. A peine avons nous commencé à marcher que nous nous arrêtons et suivant du regard la direction montré par le guide, apercevons un gros serpent noir glissant à travers les feuilles de la forêt. Aurélia d’habitude pétrifiée par le simple mot serpent ne tressaille qu’à peine devant moi. C’est l’esprit de Noël. Pendant trois heures, nous marchons à travers la forêt. Nous voyons des singes de différentes races, entendons des sifflements d’oiseaux inconnus, apercevons de grosses mangoustes rousses à peine effrayées par notre venue, un phacochère, des gnous, mais aucun éléphant à l’horizon. Sur le chemin du retour nous sommes toutes les trois surprises par un ronronnement de félins, le guide nous rit au nez, mais nous sommes toutes certaines d’avoir entendu quelque chose. C’est notre petit rêve de Noël.
 
Le soir de Noël, nous nous offrons des lasagnes. Nous rêvons très fort au saumon, au foie gras, aux coquilles saint Jacques, au vin blanc, au champagne, à la dinde, aux pommes de terres sautées, à la bûche glacée que nous ne mangerons pas. Une crêpe nous consolant en dessert. Après notre repas en hologramme, nous passons la moitié de la nuit à discuter dans une chambre, emmitouflées dans des couvertures.
 
Le matin de Noël, nous nous levons très tôt afin de retourner dans le par cet faire une promenade en bateau sur le lac. Nos espoirs d’éléphants disparaissant à mesure que le nombre de touriste augmentait. Le lac était alors saupoudré de brume qui dansait doucement au dessus de l’eau poussée par la brise matinale. Le soleil se levait encore lorsque nous sommes arrivées et joua à cache-cache avec les monts vallonnés du parc alors que nous glissions sur l’eau.
 
L’après midi, nous la passions une nouvelle fois dans un bus, cette fois à travers le paysage de rêve du Kerala, des montagnes, des palmiers, des vallées, des couleurs, des églises. C’est un peu cliché, mais c’est vraiment ce que l’on voit qui frappe, qui surprend depuis le bus qui ne s’arrête pas.
 
Réveil à Cochin. Alors que les filles dorment encore, je décide de descendre dans la ville. Je vais d’abord dans la cathédrale Santa cruz qui mérite d’être vue ne serait ce que pour y lire l’énumération des péchés qui méritant d’être révélé au prêtre lors de la confession. En sortant de là, je me perds dans les ruelles de la ville qui ressemble à nouveau à une ville méditerranéenne. Je suis à peine surprise lorsque je me trouve face à la maison de Vasco de Gama. J’arrive ensuite face à la mer, là où les pêcheurs relèvent les filets et commencent à étaler le poisson sur la jetée. La lumière est particulièrement belle à cette heure. Je continue la promenade, suis des amoureux (blancs), et me trouve sur une plage où je m’arrête pour lire, écrire et simplement regarder les hommes des pirogues faire leur danse de pêcheurs.
L’après-midi, nous marchons ensemble dans les rues du quartier Est de la ville, entrons dans une galerie d’art puis passons devant les vendeurs de grains pour arriver ensuite dans le quartier touristique autour de la synagogue carrelée de carreaux blancs et bleus tels que l’on en trouve en Hollande. Nous marchons, nous perdons, arrivons dans les petites ruelles arrière là où la vie quotidienne indienne se retrouve.
 
Les quelques jours que nous passons à Cochin nous dépaysent complètement, la ville et son ambiance nous rappelant des vacances sur la côte d’azur plutôt qu’un voyage en inde. Le soir nous prenons l’habitude d’aller nous assoire face à la mer avec un jus pressé et surprise, nous voyons soudain des dauphins qui viennent nager dans la baie.
 
Nous prévoyons une journée d’excursion pour aller dans les « backwaters », l’attraction principale ici au Kerala. Nous passons alors une journée sur un bateau, expérience des plus touristiques s’il en est, au milieu des îles de cocotiers où nous goûtons le jus de fleur de cocotier ainsi que le lait de coco, on ne peut pas y échapper. En passant, on notera que Kerala veut dire le pays de la coco… Je ne suis décidemment pas perdue. J’ai l’impression d’être dans une publicité comme l’on en voit en France avec un paysage de rêve et un slogan tel que « soyez libres » ou quelque chose de ce genre. Une conception de la liberté qui ne me touche pas.
 
Le lendemain soir, nous persistons dans nos démarches de touristes françaises lorsque nous nous asseyons dans un public exclusivement occidental et que je soupçonne d’être majoritairement francophone face à un spectacle Kathakali, le théâtre balinais du Kerala ai-je envie de l’appeler. C’est un théâtre qui raconte des scènes des textes hindous au moyen de codes à lire dans les costumes, les maquillages, les expressions du visage, les hurlements, les gestes, et qui traite de thèmes existentiels fondamentaux, ou prétend en tout cas à cela.
 
Le nouvel an approchant, il est temps pour nous de traverser le nord du Kerala en train, puis le Karnataka en bus, nous ne ferons qu’un arrêt à Mangalore pour prendre trois place pour quatre dans un bus de nuit, Aurélia et moi nous souviendrons du sol du bus sur lequel nous avons « dormi » avant qu’une place pour chacune se libère. C’est avec beaucoup d’étonnement que nous arrivons à Goa et à Anjuna beach, la plage où nous avons rendez-vous avec nos amis pour fêter la nouvelle année.
 
Pour nous, Goa, c’était la plage de rêve, le sable, l’eau douce, le soleil, les palmiers, les paillotes sur la plage, un transat, des glaces et des jus de fruits. Et de fait c’est ça. Si ce n’est qu’il faut ajouter au paysage les bancs de maquereaux, entendre par là les hommes indiens venus se rincer l’œil dans cet endroit où les femmes sont en maillots de bain, un costume évident pour nous occidentaux mais vraiment fascinants pour ces hommes aux désirs refoulés. Bref, Aurélia est à peine allongée en bikini que trois Sikh bedonnants arrivent devant nous et nous prennent en photo avec traîtrise, ie : l’appareil photo tenu au niveau de la hanche…. Comme ci de rien n’était. Ce qui nous énerve ce n’est pas tant que l’on nous regarde mais bien plus que l’on nie ce regard, le « comme ci de rien n’était » devient vraiment insupportable. Parfois, c’est fatigant d’être Paris Hilton. 
 
A mesure que les heures avancent nous retrouvons les uns et les autres qui arrivent de voyages différents.
 
Pour déjeuner, nous découvrons un autre aspect du cliché que nous avions de la plage de Goa. La communauté hippie et sa musique, qui ne va pas nous quitter pendant ces quelques jours passés ici, du petit déjeuner au coucher.
Nous nageons dans la mer, marchons sur l’interminable plage à l’ombre des palmiers, dansons sur les rythmes incessants, regardons le soleil se lever sur la plage le matin et se coucher le soir au milieu du ciel, disparaissant soudain comme voilé par la nuit qui s’approche.
 
Pour Nouvel an, nous allons dîner tous ensemble sur la plage face à la mer. Dès le crépuscule commencent les feux d’artifices puis s’élève un feu sur la plage autour duquel les gens se retrouvent. Nous choisissons d’aller au bout de la plage, là où la fête est à son comble, nous mêler aux hippies et aux gens en transe pour qui la nouvelle année ne semble être qu’un nouveau matin du monde qu’ils célèbrent de toute façon a chaque levée du soleil.
Je m’endors sur la plage de sable froid et m’éveille au milieu de mes amis somnolant eux aussi, grelottant, je rentre curieuse en pensant aux mois à venir.
 
Nous passons le premier de l’an sur la place face à la mer à nous demander si un jour de l’année pourra égaler celui ci.
 
Face à la communauté hippie, les réactions sont partagées. Soit on se moque, trouve ridicules ces vêtements de peaux de bêtes sur des adultes qui ont oubliés de grandir et qui élèvent leurs enfants tous ensemble, qui posent pour des photos en regardant la mer au loin. Soit on dit que c’est une autre réponse au vivre ensemble, un autre rapport au monde qui a d’autres codes que ceux de nos sociétés même s’il en partage certains. C’est un autre type d’engagement qui signale un refus de l’établissement général, du cycle dans lequel la plupart se laisse prendre et n’en sont pas plus malheureux. Il ne s’agit pas de juger, de hiérarchiser le bonheur par ailleurs indéfinissable en tant que loi générale mais à la définition contingente. Il s’agit simplement de regarder, d’observer, de comprendre.
 
Nous quittons Ajouna et ces joyeux fêtards pour une plage plus calme, celle d’Agonda que nous trouvons après 5 heures de trajets dans 4 jus différents. Le paradis, il faut le mériter. Nous allons habiter dans des cabanes de bambous sur la plage entre deux montagnes, face à la mer. Le soir, après une journée de baignade, je prends mon sac et décide de marcher jusqu’au bout de la plage. Je croise les pêcheurs qui ayant remonté leur pirogue relèvent les filets puis arrive là où la mer se calme face à un petit bassin où l’eau est emprisonnée entre la plage et le versant de la montagne couverte d’une forêt d’arbres de laquelle dépassent des palmiers. Le silence étrange de l’endroit déchiré par des cris d’oiseaux accompagne la naissance de la nuit et des ombres étranges qui se meuvent sur le rivage feuillu que je vois en face de moi. Je prends le chemin du retour un peu tard et marche sur le rivage dans des ténèbres inquiétantes que seule les torches de quelques paillotes déchirent de leur lumière virevoltante. Soudain, j’aperçois des ombres assises dans l’obscurité, je m’arrête, je suis arrivée.
 
Après le calme de cette plage, nous remettons nos sacs sur nos dos et partons pour Bombay. Nous allons résider dans un hôtel juste derrière le luxueux Taj Mahal à proximité de la porte de l’Inde face à la mer dans le quartier Sud est de la ville nommé Colaba. Le trajet depuis la gare de Bombay voit la ville défiler dans ses configurations différentes. Depuis le bidonville de tôles se chevauchant aux bâtiments coloniaux à l’architecture gothique de la fin du XIX en passant par des rues entourées de demeures de tôles à un étage avec des draps crasseux pendant, cachant, voilant, les vies insoupçonnées des familles des petits-enfants qui jouent à la balançoire sur un fil ou dessous des camions. Les immeubles de tours aux fenêtres mises en cages et habillées de vêtements trempés après la lessive parsèment cet univers déjà étrangement incohérent. Plus tard, arrivés dans la baie artificielle, c’est une autre vision de la ville que nous avons avec ses immeubles immenses ornés de panneaux publicitaires pour de grandes marques, des banques, ou encore des cabinets financiers.
 
Nous passons notre première journée à sillonner la ville à pied et découvrons alors ce que nous osons appeler une vraie ville. Avec des rues et des trottoirs, des feux et des ronds- points, une logique dans la circulation alors à peu près prévisible, des boutiques comme nous en voyons à Paris, mais, des vendeurs de bric et de broc partout. L’université de Bombay est dans un lieu impressionnant rappelant le Poudlard d’Harry Potter. Face à celle ci, nous arrivons dans un immense parc habité par les joueurs de criquet sous le soleil qui pourtant nous endort alors que nous ne faisons que marcher. Plus tard nous arrivons sous des voûtes où je prends d’étrange photos. Nous allons dans l’église Saint Thomas où sont rassemblées des plaques de marbres à la mémoire de grands hommes britanniques et de leur femmes parfois. Soudain, nous arrivons dans le marché de fruits, en quelques pas je me sens à nouveau en Inde. Les étalages sont colorés et font envie. Les figues sont un délice, sans parler des fraises. Nous sommes le 3 janvier.
 
Le lendemain j’accompagne Antoine regarder le matin face à la mer et près de la porte de l’Inde. Les bateaux rentrent et repartent avec leur lot de touristes pour Elephanta Island ou je n’aurai pas l’opportunité d’aller. La rue s’éveille doucement dans le quartier de Colaba. Nous allons au nord aujourd’hui. D’abord dans le quartier des manoirs où nous marchons dans des rues colorées. Puis allons près de la mer. D’abord nous arrivons près d’un bassin puis nous approchant du rivage, nous trouvons le quartier connu pour ses laveurs de linges. Des fils sont tendus sur une esplanade où sèche le linge. Je m’aventure sous les draps, entre les jeans, les chemises, et trouve alors des hommes au travail, entre des baignoires pleines d’eaux verdâtre et stagnante. Les uns sont occupés à frotter le linge sur des planches alors que d’autres rincent ou sèchent dans des essoreuses à manœuvrer manuellement. Nous allons ensuite dans un temple Jain depuis lequel nous quittons les garçons et nous retrouvons à nouveau à quatre, entre fille. Le parc sur les hauteurs de la ville nous permet de voir la baie d’un autre œil. Nous marchons ensuite jusqu’à la plage artificielle où sont assis des gens en famille ou en couple, voire même entre amis pour les garçons.
 
Pour notre dernier jour en voyage et à Bombay, nous reprenons quelques promenades, allons faire du shopping, vivons un peu la ville autrement que par la visite, jusqu’à ce que nous nous séparions. Je suis la seule à rentrer en train à Delhi, 24 petites heures de trajet, pour bien se souvenir que tout de même, malgré toutes ces expériences à l’occidentale, je suis en voyage en Inde. Dans ce train, je finis les quelques passages de l’Ancien testament qui me reste puis referme la Bible sur les dernières lignes de l’Apocalypse alors que le train rentre dans Delhi. 
 
 
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