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Kashmir
Le trajet
Sarah est arrivée à Delhi depuis peu et après avoir bien douté des moyens de départs, nous patientons à la gare de JNU et obtenons les tickets soit disant impossible à obtenir à cette époque de l’année sans réservation.
Le lendemain vers minuit nous voilà toutes deux endormies dans notre sleeper en route vers Jammu et les images que nos amis nous ont fait observer. Comme toujours je ne résiste pas et m’éveille rapidement regardant le paysage passer par la fenêtre alors que je me sens moi même passer au delà de moi même.
Nous arrivons à Jammu et ne trouvons qu’un coffre de sumo pour faire les 10 heures de voyage qui nous séparent de Srinagar. Toutes deux prudentes sous le soleil de plomb, nous sortons les dupatha (longs foulards) blanches et les portons comme des voiles sur nos têtes, quelques mots de hindi nous rendent aussi la vie tout de suite plus facile.
Dans la soirée nous arrivons à Srinagar. La ville alors voilée par l’obscurité de la nuit conserve malicieusement ses mystères et lorsque le rickshaw nous emmène dans la banlieue proche dans la famille de mon ami, nous ne pouvons nous rendre compte de l’état des lieux que nous sommes en train de traverser. Arrivées à l’entrée de la colonie, le “papa” de la famille qui nous accueille est là. Il râle un peu avec le chauffeur pour lui dire que son prix est trop cher, le paie sans nous demander quoi que ce soit et nous dit de sortir rapidement et de le suivre.
Là nous voyons que la route est de terre, cahin caha, les cailloux, nous les avions sentis dans le rickshaw. Puis nous montons les deux étages qui nous emmènent dans le deux pièces où réside depuis 5 ans la famille de 5 personnes qui nous accueille.
Nous rencontrons chacun des membres de la famille, dînons sur une nappe sur le tapis, servie spar Rasool (papa) qui ne nous laisserait pas nous servir nous même et s’oblige à remplir nos assiettes, puis nous endormons avec Anjum, la fille de la famille, sur le même tapis alors couvert de fins matelas.
Srinagar
Le matin, nous annonçons vouloir partir à la découverte de la ville mais papa Rasool a décidé que nous devons l’attendre et irons ensemble dans le centre de Srinagar. Nous prenons alors du temps pour découvrir le quartier dans lequel nous sommes qui ressemble un peu à notre image d’une ville après la guerre. Les routes ne sont pas goudronnés et des pierres sortent de ci de là. les déchets sont laissés là au milieu de la voie publique. Les égouts sont à ciel ouverts. Et pourtant les gens sourient et chacun vaque à ses occupations. Derrière le quartier il y a une base militaire entourée de fils barbelés qui accueille et renvoie des camions.
Nous allons tous ensemble au jardin public, le Nishat Garden. Avant, nous découvrons le Dal lac de Srinagar, connu pour ses bateaux qui accueillent des touristes. En effet il y a là une véritable industrie de ce type d’hôtel où se pressent les familles indiennes venues là en vacance. La vue sur le lac est splendide. Le jardin semble bien entretenu, l’eau est supposée potable, mais les pieds noirs des enfants qui pataugent dedans nous préviennent de la boire.
Le seul petit bémol à cette balade qui prenait fin fut lorsque je m’éloignais avec la maman de la famille à la recherche des toilettes et me rendit compte qu’un homme se masturbait dans les buissons en me regardant. Ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’un épisode de la sorte aura lieu face à moi, mais j’avoue que je pensais être en sécurité dans un jardin public en pleine après midi dans l’état le plus musulman de l’Inde, il se trouve que non.
Avant de rentrer nous allâmes marcher avec la famille autour du lac, le temps de croiser quelques regards interrogateurs sur ces deux filles blanches avec une famille kashmiri qui allaient de long en large autour du lac.
Le lendemain, nous voulons découvrir plus de la ville mais notre attentionné papa a décidé que non, nous n’irons pas seules. Alors nous l’attendons et partons ensuite avec lui et sa femme dans le centre de Srinagar. Là nous allons à la mosquée. C’est vendredi. Ils ont emmené avec eux un seau dont je ne saisis pas l’utilité jusqu’à ce que je les vois ôter le couvercle et mettre dans les mains tendues des mendiants qui affluèrent alors les morceaux de viande crue dont le seau était en fait rempli.
Nous montons à la mosquée et voyons la ville depuis les hauteurs. A notre sortie, nous croisons deux hommes tirant un mouton qui semblait tout à fait conscient du sort qui allait lui être réservé. Nous l’avons entendu hurler pendant l’égorgement alors que nous descendions les marches de pierres bleues.
Nous sommes allées ensuite vers une autre mosquée, la jama masjid à l’architecture étonnante. Nous avons ensuite essayé de nous rendre dans le fort surplombant la ville mais l’entrée en est interdite aux visiteurs par l’armée.
Le troisième jours nous sommes parvenues à convaincre notre papa de nous laisser prendre le bus et nous rendre à Gullmarg pour deux jours. Il a fini par accepter après que nous ayons accepté de revenir une nuit à la “maison”.
Gulmarg
La route est bien plus longue que ne l’annonçait le guide touristique et à mesure que nous montons dans la montagne, nous montons vers les nuages. Dans le dernier arrêt avant la station, les touristes indiens avec qui nous sommes dans le bus se précipitent dans de petites échoppes où ils achètent ou louent de chauds vêtements. Là, commence le carnaval. Sarah est en basket et moi encore en tong sous leurs regards ahuris. Ils remontent peu à peu dans le bus avec des manteaux, des bottes, des pulls, tous plus ridicules les uns que les autres. Ils semblent que les vieilles frasques de l’occident ait atterries ici. Un horrible manteau en faux léopard, un long manteau violet, un pull multicolore, des bottes en caoutchouc si lourdes que la femme qui les porte ne parvient par à soulever sa jambe pour entrer dans le bus...!
Nous arrivons là sous les nuages gris, la pluie battante et courrons nous réfugier dans l’hôtel le plus proche où nous prenons la chambre avec vue sur la vallée alors encore trop couverte de nuage pour être vraiment visible. Après que la pluie ait cessé, je pars acheter des vêtements chauds, soit une paire de chaussettes à mettre avec mes tongs et une vestes de laine, avec ça j’ai le look de la parfaite touriste indienne en voyage, Sarah est morte de rire.
Nous finissons par partir en balade à travers la vallée, à nous perdre, à nous retrouver face à un grillage qui semble ne jamais se terminer et sous lequel nous nous glissons pour rejoindre la rue de la station. Il est amusant de voir qui fait commerce ici. Tout d’abord évidemment les vendeurs de chai, les baladeurs de chevaux, et les vendeurs de vieux vêtements de l’Occident je le soupçonne mais je peux me tromper, et les restaurants Penjabi. Voilà un mystère à élucider, pourquoi est ce que les gens qui ici font à manger ne font ils pas de la nourriture Kashmiri? Bref, j’étais triste de ne pas retrouver mon pain comme je l’aime.
Le lendemain nous prenons les gondola pour aller au sommet, ou disons plutôt plus haut. Là, nous avons à faire à une “gender issue”. Seuls des hommes font la queue pour obtenir les tickets, rien n’est marqué, nous ne sommes que deux filles donc ne pouvons envoyer un garçon pour nous, et cela vraiment semble gêner le policier qui se tient là. Il demande d’abord à l’homme qui nous précède de prendre les tickets pour nous afin que nous ne restions pas debout dans la queue. Mais nous refusons de le laisser faire cela, c’est tout simplement ridicule. Alors le policier demande à quelqu’un tout devant (il y a bien 30 minutes d’attente) d’acheter deux tickets en plus et nous les fait les lui racheter. La misogynie a t elle du bon pour autant? Disons que ce policier a fait son devoir, sauvé ces pauvres filles en détresse...
Là haut, ce n’était que neige fondue ou à fondre, brins d’herbes, mais vue magnifique. En montant nous pouvions voir les logements des gens qui vivent là dans la montagne. Je ne saurais pas les décrire, et je n’avais jamais rien vu de tel.
Nous redescendons et repartons en sumo, à côté du chauffeur tout fier. Papa Rasool et toute la famille sont heureux de nous retrouver le soir et il est vrai que nous aussi. Le lendemain nous sommes coincées, mais le surlendemain nous repartons et devons alors faire de difficiles adieux à notre famille d’accueil à laquelle nous avons écrit depuis et avec qui nous avons échangé photo contre music bollywood qui donna une autre dimension à notre voyage.
Pahalgam
Après avoir passé les bases militaires à la sortie de Srinagar, le paysage se découvre et même s’il y a toujours un soldat régulièrement assis sur le bord de la route, le paysage est magnifique. Nous sommes alors dans une plaine au centre des montagnes qui nous entourent et des neiges éternelles qui n’ont que faire de nous.
Nous découvrons ce que nous nous accordons comme étant le plus bel endroit où nous sommes allés au Cachemire. Nous partons en balade, longeons le torrent, nous allongeons sur une pelouse fine au soleil, croisons un petit poulain ayant encore sa robe d’hiver, puis errons là où les chemins nous le permettent.
A nouveau, notre séjour aura été cours mais nous avons envie de rentrer. Le retour est lui assez long mais un peu plus confortable. A la gare de Jammu, je suis assise sur le sol en train de lire, Sarah est plus loin. Un couple qui se tient face à moi depuis un moment vient m’offrir de partager un jus d’ananas salé avec eux. Je ne peux qu’accepter. Nous discutons un peu, ils me posent les questions naturelles, d’où viens tu, que fais tu? Puis, en entendant le mot philosophie l’homme prend le livre qu’il est en train de lire, il inscrit son adresse e mail sur la page de garde et m’offre le livre tout heureux. Leur train part. Le mien arrive plus tard. Je commence la lecture des leçons du grand disciple dont je ne me souviens plus du nom à l’heure qu’il est et découvre une conception complètement misogyne de l’existence...
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