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  • : 27/07/1987
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  • : la philosophie et les femmes
  • : j'ai 20 ans je suis heureuse, triturée, bouleversée, mais vivante.

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GALERIE DE PORTRAITS (en construction)

Rencontres en Inde.
 
Cette galerie de portraits écrits à partir de rencontres, d’interviews, est créée afin de constituer une base de données s’intéressant à la condition féminine.
Qu’est ce qu’être une femme, matériellement, mentalement ? L’amélioration des conditions d’existence change t elle nécessairement le rapport a la tradition ?
 
Ce que tendent à montrer ces commentaires, c’est d’abord la pluralité des expériences. Ainsi mettre en évidence combien diverses sont les possibilités d’être et non pas unique ainsi que voudrait bien nous le faire croire un système fixe.
 
Plus qu’un simple catalogue de faits, il s’agira par la suite, de mettre en évidence des paradoxes entre le discours et la situation socio-économiques des personnes.
 
Certes beaucoup de portraits de femmes, mais aussi des remarques et des expériences vécues et racontées par des hommes.
 
 
Couple de jeunes amants.
 
Comme chaque jeudi soir à Nizzamuddin, le concert de musique suffi réunit une foule de spectateur au centre de la mosquée, là où encore les femmes peuvent rentrer. En cercle au centre, sont assis des musiciens autour desquels nous allons, troupe animée nous assoir à l’étroit. Derrière moi soudain des voix de femmes en extase derrière le marbre blanc sculptés cris et cris encore. Je me tourne vers la voisine, le regard interrogateur. Elle m’explique.
 
Ce soir là, j’ai rencontré Priyanka et Shams un couple de jeunes indiens, hindou et musulman qui résident à Delhi dans une petite chambre ou quelque jours plus tard je suis conviée. Ils ont 22 ans et vivant seuls tout les deux dans une petite pièce. Ils travaillent dans un institut de communication non loin de là.
 
Je leur pose des questions sur leur étonnante union. Ils ne sont pas mariés vivent tout les deux sans l’accord de leurs parents qui réfuteraient leur union. Ils se sont rencontrés il y a quelques années et ont décidé de vivre ensemble. La vie sociale n’est pas facile, sans mariage, sans reconnaissance de la famille, tout avance à petit pas, suit largement leur situation économique qui ne leur permet pas de vivre dans un espace plus grand que cette petite chambre.
Ils sont heureux, et s’aiment, vivent difficilement mais librement.
 
La famille dans la campagne de Pushkar.
 
Je rencontre sur un chemin dans les champs, une fille en sari vert qui me regarde un peu méprisante, surtout craintive. Puis j’arrive au centre d’une ribambelle d’enfants. Je m’arrête. Sur une bute de terre, une femme avance, un enfant dans les bras. Elle me regarde curieuse et m’invite à la suivre là haut. Je ne peux communiquer avec elle que par le regard et les gestes. Je sais mon hindi faible mais il semble que le langage du corps et du regard nous conviennent à l‘une et à l’autre. Je ne peux donc que regarder de quoi sa vie est faite, observer.
Elle me propose du thé. Là, autour d’elle, sont réunis deux enfants, un petit garçon, et un bébé qu’elle porte dans ses bras. Le feu et là, dehors, attisés, elle fait bouillir de l’eau qu’elle puise dans le puit juste à côté de la maison, puis prend du thé à l’intérieur.
Son mari arrive, semble rentrer du travail aux champs. C’est lui qui va traire la vache en face de moi, pour le thé. Ils me regardent avec bienveillance et étonnement.
La fille en vert arrive. Elle est la plus grande des enfants.
Elle ne va pas à l’école. Le matin, elle part au lever du jour travailler dans les champs et revient le soir à la maison de ses parents.
 
La femme du bord de la route.
 
Je la rencontre comme ça, lui demande si je peux la phototographier, puis elle me demande de la raccompagner dans la campagne plus loin. Là encore, nous parlons surtout par signe, par regard, par geste. Je comprends en observant l’endroit que c’est elle qui tient la maisonnée. Il y a d’autres femmes, des jeunes filles, beaucoup d’enfant qui lui obéissent et la craignent.
Il y a aussi un homme qu’elle regarde dans les yeux. Elle n’est pas mariée, elle a un enfant, un bébé qu’elle me montre.
Face à l’homme une femme ne peut se montrer et avance le visage couvert. Je ne comprends pas les liens qui les lient mais les questions que je pose plus tard à mes amis m’apprennent qu’il est surement un parent de son fiancé ou mari et que en cela, elle ne peut le regarder ni être vue par lui.
 
Le jeune homme de Kajuraho.
 
Il a 25 ans et il tient un petit magasin de nourriture et de biens de consommation courante. Il n’est pas marié et il manque de femme ici. Il le sait et ne sait pas quand il aura une famille. Avoir une famille est un impératif, la vie n’aurait pas de sens sans cela. Il est jeune et il peut suivre maintenant, mais il a envie et besoin de ne pas rester comme cela.
 
Il est fasciné par ma présence là, seule, avec une autre fille et l’absence d’aucun homme avec nous pendant ce séjour.
 
Le grand père de Jaisalmer.
 
Je l’ai rencontré au cours d’une promenade avec Taka mon ami japonais. Il était sur son perron, nous lui avons demandé notre chemin, il nous a répondu puis nous a raconté sa vie. Il a fait l’armé vécu dans divers endroits en inde. Sa femme l’a toujours suivi avec ses enfants. Elle est là pour faire la cuisine, s’occuper de gérer la maison, les enfants, maintenant les petits enfants avec ses belles filles dont certaines pourtant travaillent, c’est la modernité dit il. Pourtant pour lui, il est fondamental que la femme reste à la maison, car que deviendrait la famille sans elle ?
 
Bhawna.
 
Je la rencontre dans le train avec son mari.
 
Elle vient de Manipur est et ne parlait pas hindi lorsque à 13 ans, elle a été mariée avec un homme de Bikaner qui avait alors 18 ans. En quelques années, elle a appris à parler la langue en deux ans. Elle a vécu avec son mari avec la famille de celui-ci. Elle a eu son fils à 16 ans, une fille à 18 ans et une autre à 21 ans. Aujourd’hui, elle habite Delhi, elle a deux filles dont l’une qui a 20 ans et est à l’université. Son premier fils, est marié, comme sa plus grande fille.
 
Je suis allée lui rendre visite. J’ai rencontré ses filles qui sont charmantes, parlent anglais couramment. La plus âgée travaillent dans une compagnie d’assurance, la plus jeune finit ses études à l’université. A la maison, les filles dorment dans le même lit, dans une pièce ouverte vers la chambre de leurs parents.
 
Bhawna cuisine un peu pour moi, mais finalement, c’est une servante famélique qui vient faire la vaisselle et nettoyer la maison.
 
Bhawna s’ennuie beaucoup me dit elle et c’est la venue d’un petit enfant dans le voisinage qui lui fait rapidement retrouver le sourire.
Elle est mère, avant tout.
 
Muni Didi.
 
Elle travaille dans l’hostel ou je réside. Elle est présente presque tous les jours du matin au soir. Elle lave le sol, la salle de bain, vide et trie les poubelles et lave les chambres à la demande des résidentes.
 
Elle habite dans le bidonville en face de l’université. A 20 ans elle était mère de trois enfants, trois garçons, et veuve. Elle les a élevé seule, avec son salaire. Aujourd’hui, elle a 35 ans. L’aîné de ses enfants traîne, ne travaille pas et lui demande de l’argent. Il lui interdit de sortir, la questionne lorsqu’elle parle à un homme. Pourtant c’est elle qui ramène de l’argent, qui cuisine, qui nettoie, qui fait la lessive. Le second a été admis à l’université de delhi grâve à une bourse qu’une étudiante ici l’a aidé à obtenir laquelle il a à peine regardé et remercié. Quant au plus jeune, il suit le mouvement et le comportement exemplaires de ses aînés qui ont été socialisés par la vie dans le bidonville. Ils ne questionnent pas le comportement de leur mère, tout ce qu’elle fait pour eux est évidemment naturelle et liée à sa condition de femme, pourquoi devrait elle être gratifiée et reconnue ?
 
La messenger girl.
 
Elle a 20 ans et je lui en aurais donné bien plus. Elle erre dans l’hostel, jouissant de son statut sur les femmes de ménage, appelant l’une ou l’autre des résidentes lorsqu’un homme dont la présence est interdite dans l’aile des filles attend une personne dans le hall d’entrée. Elle est toujours habillée de salwar camiz de couleurs et chaque jours différents. Elle est coiffée, fait attention à être belle, mais pas trop.
 
Elle est mariée, elle a un enfant. Je la vois toujours triste, avec ce masque sur le visage fermé. Elle est battue par son mari régulièrement. Elle a un salaire auquel elle ne peut pas toucher. Lui aussi travaille et ne gagne pas beaucoup plus qu’elle mais c’est toujours un peu plus. Il la bat pour qu’elle ne parle pas, pour qu’elle demeure silencieuse et soumise et effectue les travaux domestiques silencieusement, le laissant lui, à l’alcool et ses effluves.
 
L’an dernier, il est allé très loi. Il l’a frappée très fort, trop fort. Elle est venue se réfugier dans l’hostel ou je réside. Au bout de quelques jours, des étudiantes lui ont dit de partir. Elles lui ont dit que c’est son devoir de femme mariée de vivre avec son mari, avec son enfant, et de se soumettre à cela. C’est cela la vie.
 
Sapna.
 
Le soir de Diwali, la fête de la lumière célébrée par les hindous par des pétards bruyants dans la nuit, j’ai rencontré une jeune fille de très bonne famille. Elle a 22 ans, elle a fini sa licence à l’université de Delhi et travaille actuellement dans une organisation non gouvernementale. Ses parents semblent lui laisser beaucoup d’autonomie, lui donnent la possibilité de faire des choix. Dans quelque temps, elle se mariera, dit que ce sera par amour et aura des enfants. Continuera t elle à travailler, elle ne sait pas.
 
Asiya, Rayee, Shams.
 
Je les rencontre à Golconda Fort, sur les hauteurs de Hyderabad capitale de l’état Andra Pradesh. Elles ont 20 ans, elles sont musulmanes, portent la burqa, étudient la finance.
L’une d’entre elles est fiancée. Normalement, elle ne devrait pas voir son futur époux mais ils se donnent des rendez vous en cachette de leurs parents. Les deux autres savent que dans un an, elles seront mariées. Ce sont leur famille qui décide de leur époux. Il est possible qu’il viennent de la ville mais il est très probable qu’il viennent d’Arabie saoudite où elles partiront alors vivre avec lui. Elles me questionnent sur le mariage d’amour qu’elles comprennent difficilement. Pour elle une chose est sûre d’abord, on se marie ensuite on apprend à aimer la personne en face de nous.
Elles sont en licence de finance et savent pourtant qu’elles ne travailleront jamais. Elles étudient car meilleures elles seront, meilleur sera leur mari disent elles.
Face aux hommes, elles portent toujours un voile sur leur visage mais dans les coins d’ombre où nous sommes entre femme, elles l’ôtent immédiatement.
Sur d’elle-même, elles semblent savoir peu de chose. Elles se savent matures et en âge de procréer. Pourtant il semble y avoir une sorte de mystère autour de la reproduction. Pour elle, après un an de mariage, elles mettront au monde un enfant, c’est presque certain. Elles ne savent pas ce qui se passe dans leur corps, elles savent juste que c’est cyclique car elles le subissent régulièrement, mais c’est tout.
A propos des relations sexuelles, elles savent que c’est le soir de la nuit de noces qu’elles perdront leur virginité jusque-là, leur trésor. Elles savent que l’homme sait et qu’il faut le laisser faire tout ce qu’il veut. Il ne faut pas crier, il ne faut pas pleurer. Il faut être silencieuse. Avant la nuit de noces, les femmes les mettront au courant de certaines « choses », mais elles en savent peu.
Elles sont avant tout curieuses de savoir, elles veulent vivre cela. Lorsque je leur demande ce qu’elles feront si cela se passe mal, elles disent qu’elles feront toujours tout ce que leur mari voudra parce qu’elles ne veulent pas qu’il aille voir ailleurs. La plus grande honte serait d’être rejetée.
 
Seshu Kumari.
 
Je la rencontre dans la file d’attente du guichet réservé aux femmes dans la gare de Secunderabad où elle est avec son mari. Le lendemain, elle m’invite à lui rendre visite sur son lieu de travail, la « All India Radio » où elle s’occupe des programmes de jeunesse en Telugu.
Jeune, elle était très proche de son père lorsqu’elle vivait à Delhi avec lui et sa mère. Après le décès de celui ci, son frère résidant à Hyderabad lui a demandé de venir avec sa mère le rejoindre, car deux femmes seules, cela ne peut être. Dès son arrivée, elle a été employée à la All India Radio, elle avait alors une licence de l’université de Delhi. Son mariage a été arrangé par sa famille, elle avait alors 21 ans. Très vite, elle a eu un enfant, puis, après une fausse couche, elle en a eu un second quatre ans plus tard. Elle vit avec son mari, ses enfants, sa belle mère, son beau frère, sa belle sœur et leur deux enfants dans un même grand appartement. Elle n’a pas envie de vivre en suivant la tendance actuelle, c’est à dire simplement avec son mari et ses enfants. Certes, c’est beaucoup de travail de vivre en communauté, des compromis entre les personnes, pourtant, il y a beaucoup de solidarité entre eux et lorsque l’un ou l’autre et malade jamais de problème pour veiller les uns sur les autres, de même lorsqu’il s’agit de s’occuper des enfants. Elle aime et défend cette situation.
A propos du mariage, elle est très choquée de voir qu’en Europe, les parents aient de moins en moins de place dans la décision du compagnon choisi par leurs enfants. D’abord, je lui rappelle que la classe sociale joue toujours souvent un rôle important dans le choix du partenaire, même si cela peut être inconscient. D’autre part, les parents n’abandonnent certes pas leurs enfants dans le choix d’un conjoint mais donnent leur approbation, dans le cas contraire il est vrai que souvent les enfants font à leur tête.
Pour elle, arranger le mariage de sa fille, c’est continuer sa fonction de mère qui depuis la naissance de celle ci tient en la protection de son enfant. Aussi veut elle choisir l’homme qui donnera à sa fille la tendresse et les conditions matérielles décentes pour vivre.
Je lui réponds que si son attitude est tout à fait légitime, il ne faut pourtant pas voir nos mères comme abandonnant leurs enfants lorsqu’il s’agit de choisir un partenaire. Nos mères s’efforcent toutes nos vies durant de nous donner les moyens justement de réfléchir, de penser, de voir, afin de choisir par nous mêmes cette fameuse personne avec qui nous passerions le reste de notre existence et élèveront nos enfants. Il ne s’agit pas de nous abandonner mais de nous donner les moyens d’être responsable.
La notion de responsabilité est pour moi ce qui manque au mariage arrangé. Dans ce contexte, les individus ne sont pas considérés comme adultes et responsables, ce n’est que par le mariage qu’ils le deviennent et surtout en devenant parents. Par contre il est certain que lorsque le couple va mal, dans le cas du mariage arrangé, la faute peut être reportée sur la famille alors qu’il faut porter soit même son erreur dans le cas d’une union libre.
Enfin dans l’économie matrimoniale, fonctionner par le mariage arrangé garanti peut être à plus monde l’accès au mariage, mais c’est une autre question.
 
Neelam.
 
Elle est assise, attend le train à côté de moi dans la gare de Secunderabad. Elle a 27 ans, elle est mariée depuis un an. Elle parle anglais, malayalam, telugu. Elle est catholique orthodoxe et va à la messe tous les dimanches. Elle est toujours en train de faire ses études en économie. Elle veut un seul enfant, car l’éducation coûte du temps et de l’argent. Elle s’est mariée sous la volonté de sa famille et c’est bien la meilleure des façon de procéder. Avant ses fiançailles, elle ne connaissait pas son mari.
 
Bala.
Il a 23 ans, il travaille dans un restaurant à Pondichéry et dans une association caritative pour aider les enfants des rues. Il y a deux ans, il est allé vivre un an à Amsterdam. Là bas, il est allé voir des prostitués tous les jours dit il. Il ne questionne pas la situation de ces femmes comme esclaves sexuelles, prisonnières de conditions socio économiques. Il se réfugie bien vite dans la légalisation de la prostitution et dit que c’est un métier comme un autre et qu’il est heureux que des femmes le fassent « volontairement ». Mais bon, il préfèrerait tout de même se marier avec une fille vierge et « bien élevée ».
 
Sibami
Elle est une institutrice à la retraite et est la mère d’un ami de Delhi qui est allé étudié en France un an. Elle ainsi que son mari m’ont accueilli à Calcutta pendant une semaine chez eux. Je n’ai pas pu la questionner outre mesure sur les questions de la condition des femmes, mais une description de ses activités me semble déjà illustratrice.
Elle se lève à 8h00 à peu près chaque matin et prend trois tasse de thé. Puis, elle s’habille et commence à gérer la journée à la maison. A ses « ordres », son trois aides. L’une fait la cuisine et vit avec la famille, c’est Choma à laquelle je suis très vite présentée. Les deux autres, je ne connais pas leur prénom et elles ne vivent pas avec la famille. Chacune des deux petite « aides » sont au travail la journée à la maison. L’une fait la lessive,et gère le linge l’autre le ménage. Pourtant Sibami ne se trouve pas libre avec ces tâches et elle reste là à superviser let travail, à organiser les tâches, tel un manager d’entreprise. Chaque jour elle va faire un saut au marché central à deux pas de la maison, où plus loin au centre de la ville mais ce n’est pas elle qui ramène les légumes du matin qui servent à la cuisine.
Lorsque je déjeune avec la famille, elle ne mange pas mais s’assoie à côté de moi, fait en sorte que les plats arrivent en bonne forme et me regarde manger. Après, seulement, elle dîne.
Les soirées sont animées et elle se rend dans le voisinage à des anniversaires et une fois à un mariage. Il est aussi possible que la semaine pendant laquelle je suis venue soit particulièrement chargée.
 
Choma
Choma a 15 ans, elle est l’aide de Sibami qui fait la cuisine. Selon cette dernière, Choma ne serait pas intéressée par l’école où elle l’autoriserait à se rendre chaque jour. Ce qui intéresse Choma c’est la cuisine et elle fait cela du matin au soir. Elle acquiesce lorsqu’on lui demande un plat, un thé, et elle sourit. Le soir, elle regarde les feuilletons romantiques à la télévision. La nuit, elle dort dans le salon.
 
Bani
A Calcutta, à proximité de Kalighat, je cherche un sari. Je demande à la femme qui est en train d’en acheter un combien elle paie. Elle m’aide, nous choisissons ensemble. Et nous parlons, parlons. Le lendemain, nous nous retrouverons pour déjeuner et passerons l’après midi ensemble.
 
Bani est designer. Elle a des clients et clientes privés. Elle aime les objets anciens et l’art Indien. Elle aime les couleurs, les tissus, les bijoux et connaît tous les marchés de la ville qui la connaissent aussi…
Elle habite avec son mari musicien et professeur dans un quartier assez sur pour Calcutta. Elle a trois enfants. Sa fille a 35 ans elle a été mariée à 19 ans mais n’a pas d’enfants. Sa deuxième fille et son garçon qui a 20 ans sont à Bangalore où ils étudient.
 Si elle passe beaucoup de temps à aller par ci par là pour voir des objets, chaque soir, elle se rend dans le temple à côté de chez elle où elle s’assoie et se recueille, pense. Elle me dit croire en une force là quelque part, que comme moi elle appelle Dieu.
Elle a un chauffeur et n’oserait pas prendre le volant dans les folles rues de Calcutta. Elle ne boirait pas de thé dans un daba dans la rue sans son mari où un homme avec elle. Elle aurait très peur de prendre un bus du gouvernement la nuit. De toute façon, le soir elle rentre chez elle et ne sortirait pas sans son mari.
 
Bansu
 
Elle vient de l’Uttar Pradesh a été mariée jeune et est venue vivre à Calcutta avec son mari. Elle a deux filles à qui elle a consacré sa vie. Lorsque je lui demande si elle est heureuse, elle dit qu’elle ne regrette rien, car toutes deux ont réussi. L’une est journaliste, l’autre est employée de banque. Elle ne regrette rien mais tout de même, il y a dans son regard, dans la tonalité de sa voix comme un pincement, un sentiment d’incomplétude.
 
 
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