Durant mes voyages, je rencontre de manière aléatoire des femmes, des hommes aussi, de tous milieux socio-économiques. Parfois, ils me racontent leur histoire. En tant que
femme, je suis très sensible au discours de celles ci, tant dans le contenu que dans la forme, que dans leur langage, de paroles comme de gestes. Les hommes aussi ont à dire, il est toujours
intéressant de les faire parler des femmes.
Les personnes que je rencontre ainsi que le discours qu’elles me tiennent est nécessairement guidé par ma personne. Moi. Fille, jeune, blanche, aux cheveux clairs. Ainsi, ma
personne même détermine en partie qui je vais rencontrer, qui va venir vers moi, qui je vais pouvoir aller questionner naturellement. Je détermine aussi le type de discours qui m’est tenu tant
dans les débuts qui sont souvent très formels que dans les petites questions un peu curieuses qui se sont glissées parfois durant mes entretiens.
Je m’intéresse à la situation des femmes. Je tiens pourtant à souligner que questionner la personne femme c’est questionner un processus de formation identitaire. Ainsi, je
tiens à souligner que je suis tout à fait consciente des difficultés qu’il y a à être homme dans la mesure où il s’agit avec des présupposés différents peut être, à réaliser un même processus de
formation identitaire.
Je trouve éclairante l’idée de Griselda Pollock qui analyse la difficulté de la construction de l’identité dans un espace dit patriarcal
c’est à dire pour elle, dominé par les valeurs du masculin. Elle situe dans le masculin des principes liés à la force, au pouvoir, à l’affirmation. Principes qui semblent asservir les femmes et
condamner les hommes à en être les principaux porteurs. Ainsi le féminin est considéré de façon très stéréotypée comme le faible, le dépendant. Situation donnée aux femmes. Au sein de ce milieu,
dans la guerre des genres, il n’y a aucun vainqueur, l’homme comme la femme souffre de cette structuration du monde social.
Le but de ce projet est de rendre visible les vies des femmes aujourd’hui et dans la mesure du possible, leur regard sur celles ci ainsi que le regard des hommes sur
elles.
Il y a des femmes qui ont été mariées jeunes, qui ne sont reconnues que lorsqu’elles sont mère d’un garçon, qui demeurent à la maison et sont transférées de tutelle en
tutelle de leur père à leur mari. Il ne s’agit pas de porter de jugement de valeurs. Car bientôt on dira oui, certes, cette situation ne me convient pas, mais si elle est heureuse… Je ne
m’aventurerai pas sur le chemin du jugement moral et laisserai à chacun le soin d’apprécier chacune des situations décrites au sein de leur contexte. Mais il y a aussi des femmes dans toutes les
sociétés, qui travaillent, sont indépendantes, sont mariées ou non, ont des enfants ou non, et qui sont pourtant, des femmes.
Je voudrais souligner la pluralité des possibilités d’être femme. « On ne naît pas femme, on le devient » écrit Simone de Beauvoir. Il convient de comprendre ce
processus de « devenir », de formation comme un lieu où l’individu jongle avec les données du social et de son histoire personnelle afin de « devenir » quoi, une femme.
Aujourd’hui, française, étudiante en Inde, je m’étonne du regard des hommes qui parfois m’ôte toute dignité tant il me répugne, je m’étonne de ne pas voir de femmes dans la
rue au crépuscule, je m’étonne de voir le mariage arrangé comme pratique encore largement diffusée au sein de cette Inde florissante. Chacun acceptera la proposition « l’Inde, lieu des
contrastes ». En effet, quel contraste n’y a t il pas entre l’écran plasma accroché dans la salle du family restaurant et les clips qui sont diffusés avec des filles indiennes à demi
nues.
Ce que je cherche à mettre en valeur ici ce sont ces contrastes, ces vies si différentes qui vivent les unes à côtés des autres et sont influencées les unes par les autres.
Ce que je chercher à questionner, c’est l’identité de la Femme au delà de sa vie matérielle, qu’est elle substantiellement, comment la voit-on, Comment se ressent elle ? plus précisément,
dans le contexte indien, je me demande comment l’émancipation des femmes interagit avec le contexte la tradition ?
Je m’efforce de répondre à ce type de question au travers de rencontres au quotidien, de la presse, ainsi que de lectures plus théoriques.
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