Nous avons dormi à lajpat nagar, chez les garçons. Nous marchons un peu dans la rue et croisons une procession de vaches menées par un taureau noir. Ils avancent lentement, sans sourciller,
chacun laissant leur passage à ses êtres sacrés, quitte même à s’arrêter dans les ordures ou dans des flaques laissées par la mousson de la nuit. Nous nous rendons à la gare où la vie fourmille
déjà. Nous croisons de grandes familles, des enfants partout, des femmes aux âges incrustés dans les visages toutes vêtues de couleurs vives. Je note toujours ces couleurs, qui font contraste
avec la tristesse qui coule parfois le long des regards. Pas toujours attention, je ne veux pas tomber dans le pathos, mais il m’arrive d’être accrochée par le regard de quelqu’un qui me dit
silencieusement que c’est dur, vraiment dur et je ne parle pas pour cela des mendiants.
Dans le tohu bohu de la gare de New Delhi ce matin, nous parvenons à trouver le quai puis le train arrivant plus ou moins à l’heure mais partant vraiment plus tard. Là, alors que je m’attendais
plutôt à une aventure épique dans un train peu confortable, nous entrons dans ce qui s’apparenterait à un grand TER accompagnés là de personnes de la middle class indienne partant tout comme nous
en week-end au dehors de Delhi pour la plupart.
Je m’assoie à la fenêtre, mon regard s’accroche aux paysages. Dès les premiers mètres, défilent des endroits des personnes étonnantes. D’abord, il y a tout le long du chemin ces hommes qui
pissent debout, face aux trains… sans complexe. Aucune femme, pas même accroupie dans l’herbe, en tout cas, pas ce matin ! La ligne de chemin de fer continue à travers la ville dont les
traces peu à peu s’effilent dans le paysage. En effet, au début, nous voyons des baraquements de béton agglutinés, des personnes vaquant un peu partout à leurs occupations, des vélos, des
charrues à boeufs, des monceaux de déchets répartis régulièrement à la sortie des ruelles qui semblent vomir les détritus. Des plastiques, des couleurs, des déchets de légumes, des bouteilles
vides. La toile de la ville prend fin et nous observons alors des rizières, un paysage très vert, des arbres par ci par là à la coupe très touffue, de hautes herbes et parmi cela de petites
routes de terre où des personnes marchent. On ne peut pas savoir d’où elles viennent ni où elles vont aucune trace de ville ou village ne se profile à l’horizon mais leur bon pas et leur tenue
nous indique clairement que se ne sont pas là des baladeurs matinales qui profitent du bon air.
Entre temps, dans le train, nous sommes servis comme de petits rois. Quel contraste entre cette vie de chemin de terre à marcher pieds nus avec une jarre ou même des morceaux de bois sur la tête
et le serveur du train qui me demande dans un anglais roucoulant si je souhaite encore du thé ou non.
Nous arrivons à midi. Une nouvelle gare, plus petite, où le mouvement est plus calme, où les gens semblent déjà plus apaisés qu’à Delhi. Nous sortons pour aller prendre le bus et nous rendre dans
le centre. Là, une file de rickshaw bleus attend les voyageurs, on vient nous alpaguer, nous proposer des taxis, mais la pression n’est pas comme à Delhi, nous refusons partons, et on ne nous
suit pas. Devant la gare, il y a un parking militaire, nous voyons quelques soldats avec leur beau turban sur la tête. Nous sommes au penjab, il y a de nombreux sikhs et beaucoup respectent la
tradition, ne se coupe pas les cheveux et se couvre la tête d’un turban plus ou moins épais suivant leur âge et donc la longueur de leur chevelure. J’ai chaud pour eux. Ici les gens semblent
vraiment charmants, on nous aide facilement pour le bus, dans le bus, les gens discutent facilement. Nous arrivons au bus terminal, il y a des bus bleus partout, nous descendons parvenons à
traverser une large rue pour nous rendre dans un quartier, là, les rues se resserrent, le mouvement des personnes commence à ressembler à celui que je vois à Delhi. Nous trouvons l’hôtel, nous
faisons recaler par manque de papiers originaux, nous trouvons un autre établissement plus sal, assez cher pour ce que c’est, mais moins regardant, l’important étant cette fois de ne pas dormir
dehors et de pouvoir poser nos sacs.
Nous partons à la découverte de la ville conçue avec la participation du français le Corbusier qui a pensé faire de cet endroit la ville parfaite. Nous allons au musée de la ville, mal éclairé,
manquant de photos des chantiers, d’explications, mais quelques plans nous informent de l’évolution des travaux, puis des maquettes nous montrent quelques folies de l’architecte qui ne furent pas
réalisées. Le plus intéressant est encore un tableau expliquant la conception de la ville et expliquant la typographie future de l’endroit. Bardés de ces informations, nous nous rendons sur
place, pour voir ce qui de fait a été construit. Nous traversons un parc magnifique, avec une petite rivière, de l’herbe verte, des arbres en fleurs, des amoureux qui rient. Tous les parcs dans
lesquels nous passerons ici sont comme cela, le lendemain rose garden est une réplique de ce parc avec des rosiers en plus. Plus loin, nous arrivons aux premiers bâtiments du Capitole, des
membres de l’armée nous empêchent d’entrer, l’endroit est encerclé de barbelés. Derrière, nous voyons monstre de béton en forme de pavé avec de petits trous en guise de fenêtre. Nous marchons le
long d’une rue large et longue parvenons à faire un grand tour et à voir le bâtiment depuis un autre angle. Puis nous arrivons sur une immense place de béton, le soleil est de plomb. Ah oui,
j’allais oublier, il fait une chaleur torride, nous avons fini toute l’eau, il n’y a rien pour en acheter et le soleil ne ménage pas ses rayons.

Deux bâtiments se font face l’un
ressemble à une sorte de base spatiale, l’autre est un pavé avec de petites fenêtres multicolores et au milieu une architecture en zig zag. Devant ce dernier, des voitures blanches sont rangées
en biais. Ce sont celles dites « government », je ne saurais pas mieux les décrire que de dire qu’elles me font pensé aux véhicules des sixties. Une image viendra plus tard à mon
secours.

Entre ces bâtiments, il y a une sculpture, une main ouverte, les doigts formant le signe de la paix. L’endroit est trop impersonnel, les tailles sur
dimensionnées lui donnent des allures totalitaires. Pour briser le sérieux de la matière grisonnante, des femmes en saris font du vélo, des enfants mangent des fruits sous un arbres et des hommes
creusent un fossé. Leur présence semble un pied de nez à ces bâtiments trop guindés et imposant, qui eux ne peuvent pas bouger.
Nous nous rendons dans le centre de la ville. Là, des boutiques pareilles à celles que l’on trouve en France entourent une grande place de béton. Les immeubles sont hauts, des balcons avec des
tubes circulaires, semblent tenir chaque étage. Sur la place, une scène de béton s’élève derrière un petit bassin où jaillissent des jais d’eau. Plus tard, en début de soirée, nous avons la
surprise d’assister à ce que nous apprendrons être le rituel du samedi soir dans la ville, le spectacle de danse traditionnelle penjabi, costume à l’appui pour les hommes et les femmes sur scène
et de la musique « techno penjabi ». Ce qui me surprend d’abord, c’est le contraste entre la danse, les vêtements colorés et les coiffes des hommes. Puis l’opposition entre cette
tradition et la bannière de sponsors dont coca cola qui trône derrière les danseurs. Enfin, les hurlements d’un public exclusivement masculin se mettant à hurler à l’entrer des femmes sur scène
pourtant vêtues des pieds au cols roulés, caleçon sous la jupe et mouvements de danse traditionnelle. Nous sommes les seuls blancs de la foule (première étape). Ensuite, pour ma part et mes
amies, nous sommes aussi presque les seules filles de la foule. Nous insistons auprès des garçons pour fuir cet endroit et nous réfugier pour aller manger.
La nuit, assommés, nous nous étalons sur des lits sans draps à la saleté évidente, tout habillés dans notre transpiration de cette suintante journée.
Le lendemain, nous prenons un petit déjeuner de roi dans un endroit ou je bois mon premier café depuis des jours et des jours.

Puis nous passons la journée dans
des parcs, dans le musée d’art de la ville, nous allons aussi au lac, nous profitons, respirons, et nous reposons avant de reprendre le train pour delhi où notre contact avec les enfants hurlant
de la middle classe indienne me rappelle à grands cris mes italiennes de l’été dernier.
Hier, lundi, nous sommes allés dans un marché. Comme toujours, de petits enfants font la manche, ou vendent de petits objets. Cette fois, c’était de longs colliers en perle. Nous avons fait nos
courses, et l’un d’entre eux m’a suivi, avec ses colliers. Il a commencé à 150 roupies, 3 euros. C’est dingue, parce que la notion de besoin, ils ne connaissent pas. Alors il m’a suivi, un pas,
le prix descend, et en fait, il est allé jusque 10 roupies, bref, il a gagné. Mais il était tellement beau ce petit garçons aux yeux magnifiques et à la peau de bébé.
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